Se rapporter à l’absolu en athée, c’est accueillir l’absolu épuré de la violence du sacré.   E. Levinas, Totalité et Infini

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contrilogo.gifContributions|Henri Duthu - Le judéo-christianisme

LE JUDÉO-CHRISTIANISME

 

Qualifiant l’identité religieuse du peuple européen, ce diptyque présente :

  • deux modes de perfectionnement lumineux de l’âme des créatures ;

  • deux systèmes de pensée.

Les modes de perfectionnement sont décrits dans « Corps, âme , esprit »,

  • par le grand rabbin Ouaknin , pour le premier,

  • par le révérend Père dominicain Rousse-Lacordaire, pour le second.

Les systèmes de pensée sont décrits dans « L’esprit du judaïsme » par Bernard-Henri Lévy.

 

I/ LE PERFECTIONNEMENT LUMINEUX DE L'ÀME DES CRÉATURES

 

 

ANTHROPOLOGIE BIBLIQUE

 

 

ANTHROPOLOGIE TESTAMENTAIRE

 

 

ÉMANATION, CRÉATION , FORMATION, ACTION

 

Le sujet de la Création continue reçoit un traitement ésotérique, celui de la Kabbale.

 

 

« Le Prophète Élie entonna son oraison : Maître des mondes. Tu es Un…Aucune pensée ne saurait le saisir…Afin de diriger des mondes secrets inconnus et d’autres plus connus ? Tu as fondé dix voies que nous intitulons Séfiroth. Groupées, les Séfiroth portent les noms suivants auxquels correspondent en une figure schématique les membres du corps humain.»
Selon la Kabbale, ce mot signifiant « sphères », désigne la Lumière qui a donné naissance à l’univers et grâce à laquelle l’univers se maintient et continue à subsister. Lorsque cette Lumière primordiale s’introduit dans l’univers pour donner un souffle de vie à toutes les créatures, elle se divise en dix entités dynamiques qui répandent la vie dans toute la création. Chaque entité représente une force particulière et prend le nom de Séfira.
La combinaison des Séfiroth entre elles, explique le caractère particulier de chaque élément de la création.
Le mot Séfira ayant pour racine SFR ou SPR, peut être rapproché de Mispar (un nombre), de Séfér (un livre), de Sapère (raconter), Safir (pierre précieuse), de Safra (un scribe). Les significations différentes de la racine safer décrivent les manifestations des Séfiroth à différents stades.
Dans la représentation anthropomorphique des Séfiroth, chaque Séfira gouverne une partie du « corps humain » de l’Adam Kadmone (l’ homme antérieur), bien qu’il n’y ait pas d’antériorité au niveau de Dieu. Au nombre de dix, les Séfiroth se répartissent ainsi :
– 1) Kétèr : la Couronne, au-dessus de la tête.
– 2) Hokhma : la Sagesse, à droite du cerveau.
– 3) Bina : l’Intelligence, à gauche du cerveau.
– Daath : la Connaissance, au centre du cerveau.
– 4) Hessèd : l’Amour, la Générosité, bras droit.
– 5) Gvoura : la Force, la Rigueur, bras gauche.
– 6) Tiférèt : l’Harmonie, au centre, le cœur.
– 7) Netsah : l’Éternité, la hanche droite.
– 8) Hod : la Splendeur, la hanche gauche.
– 9) Yessod : la Fondation : le Sexe au centre.
– 10) Malkhout : la Royauté, en bas, en dehors du corps.
Dans le système du Arizal, Kéter ne compte pas parmi les dix Séfiroth, car cette Séfira se situe à un niveau supérieur, intermédiaire entre le Or Ein-Sof et les Séfiroth. Le Arizal introduit Daath pour compléter les dix Séfiroth.
Au sens étymologique, Daath signifie attachement, union mais aussi connaissance. Par exemple Adam connut Eve signifie s’unit à elle (Genèse, 4,1.) Il s’agit d’un principe unificateur qui réalise la jonction entre Hokhma et Bina et forme ainsi le premier groupe de Séfiroth correspondant au « monde de l’Émanation », Olam haAtsilouth.
Dieu se dissimule à l’homme par les Séfiroth et c’est Lui qui les relie et les unifie. Comme Il se trouve à l’intérieur, quiconque sépare l’une des dix Séfiroth, rompt si l’on peut dire ainsi l’Unité divine. Chaque Séfira a un nom connu mais Dien n’a pas de Nom connu car il remplit tous les noms et Il est leur perfection. Si Dieu les quitte, tous les noms sont comme un corps sans âme.
Les Séfiroth se déploient de haut en bas, mais les énergies qu’elles impriment aux créatures pour leur permettre d’exister, se déplacent de haut en bas et de bas en haut. Il existe une interaction entre les Séfiroth. Ainsi la main droite, siège de Hessèd, amour, bienveillance, vient tempérer l’action de la main gauche, celle de la rigueur, la Gvoura. La pratique quotidienne a intégré ces notions dans des gestes qui symbolisent la volonté de tempérer la rigueur, par la bienveillance et l’amour. Telle l’ablution des mains le matin, dès le saut du lit : on prend le récipient rempli d’eau dans la main droite, on le transfère à la main gauche et on verse l’eau d’abord sur la main droite. Ensuite on prend le récipient de la main droite et on verse l’eau sur la main gauche. On procède ainsi trois fois.

À quelle nécessité répond le système des Séfiroth ?
(60) Par leur intermédiaire, c’est-à-dire « émanation de Sa lumière par degrés successifs », Ein-Sof, Dieu infini, peut se manifester dans l’univers et permettre de traduire les potentiels divins en termes d’actions.
Les Séfiroth réparties en quatre catégories, correspondent chacune à un monde différent, plus ou proches de l’Ein-Sof, source d’énergie ou lumière de l’infini. Ces mondes se déploient du haut vers le bas, mais les hommes les appréhendent du bas vers le haut. Les deux premiers ont résisté à la Lumière divine, tandis que les autres ont éclaté comme des vases, d’où le terme de « Vases brisés » que l’homme a pour tâche de restaurer. Ils portent les noms suivants :
– Olam haAtsilouth ou monde de l’émanation.
– Olam haBeriya ou monde de la création.
– Olam haYétsira ou monde de la formation.
– Olam haAssia ou monde de l’action.

 

 

 

 

 

GÉNÉRATION, CONCEPTION, ANIMATION

 

 

Ici, la doctrine catholique ressort de l'aristotélisme.



Aristote avait présenté une acquisition successive, au cours du développement embryonnaire, de l’âme nutritive ou végétative – d’abord en puissance, puis en acte quand elle se nourrit –, ensuite de l’âme sensitive – elle aussi en puissance puis en acte –, enfin de l’âme pensante, le noûs, qui, nous l’avons vu, advient du dehors (De la génération des animaux II, III).
Dans ce noûs aristotélicien, les théologiens catholiques médiévaux reconnurent l’âme intellectuelle infusée par Dieu au cours du développement embryonnaire. Que ce sont là ses éléments constitutifs. Il précisait que « l’âme n’est ni juxtaposée, ni agrégée, ni amalgamée au corps, elle lui est jointe ». Sur un plan théologique, c’est Dieu qui opère cette jonction en infusant l’âme dans le corps; sur un plan « physique », cette jonction est le fait de l’inclination de l’âme pour « les proportions harmonieuses qui unissent les parties du corps ». Présente dans l’ensemble du corps, l’âme y agit cependant diversement. Dans ses opérations de connaissance, l’âme procède progressivement : des sens vient l’opinion, qui est un jugement non assuré ; de l’opinion vraie, la raison, qui est « un jugement sûr et fondé au sujet d’un objet matériel »; de la raison, l’intelligence, qui est « un jugement droit et sûr au sujet des incorporels », et qui peut ainsi s’élever vers Dieu.
Nous sommes là encore en présence d’un dualisme de substances : d’une part, le corps, créé par Dieu à partir du limon de la terre (« par l’opération de la nature », précisait Guillaume de Conches - Philosophia XIII, 43 ce que lui reprochait d’ailleurs Guillaume de Saint-Thierry, c. 1085-c. 1148), en ce qui concerne le premier homme, puis transmis par génération aux autres hommes; d’autre part, l’âme, créée directement par Dieu et infusée dans le corps. Ce dernier, ayant été corrompu par le péché, alourdit l’âme qui lui est conjointe, l’émousse, en sorte qu’au contraire des premiers parents avant le péché, elle ne permet plus la « pleine science de toutes choses » dès son début, mais n’exerce sa com¬préhension et son jugement que « par l’expérience venue d’un long usage et aiguillonnée par l’enseignement de quelqu’un ». Guillaume de Conches, allusivement, retrouve d’ailleurs la conception platonicienne du corps prison de l’âme, quand il compare cet alourdissement de l’âme par le corps à la situation d’un prisonnier qui « serait enfermé dans une sombre geôle; il ne pourrait voir avant de s’être accoutumé à l’obscurité ou d’être remonté à la lumière » (Dragmaticon IV).
Guillaume affirmait non seulement que l’âme du premier homme, « qui est esprit, et donc légère et pure », ne fut pas créée à partir du limon de la terre (Philosophia XIII, 43) , mais encore (Dragmaticon IV) que l’âme (anima) de chaque homme ne provient d’aucun organe, n’est pas même identifiable au souffle (spiritus)9 pourtant très subtil, qui naît dans le foie, qui accomplit les activités animales, et qui est seulement un organe de l’âme, mais qu’elle est créée ex nihilo par Dieu pour chaque homme :
Je suis chrétien et non académicien ; je partage donc l’avis de saint Augustin : je crois que chaque jour de nouvelles âmes sont créées, non à partir d’une bouture ou d’une quelconque matière, mais du néant et sur un simple ordre du Créateur. Mais quand est-elle créée ? Dès la conception de l’homme ou quand le corps est déjà formé dans l’utérus et prêt à recevoir l’âme, ou le jour où il se meut, où à l’heure de la naissance? Je n’ai pas d’opinion là-dessus. Cependant beaucoup pensent que c’est quand le corps est préparé que l’âme lui est adjointe, parce que le Créateur, après avoir façonné le corps d’Adam, souffla sur son visage le souffle de vie. Ce semble être aussi l’avis de Platon [...]. (Dragmaticon IV.,)
On retrouve là l’idée qui domina au XIIe siècle et que nous avons vue chez saint Anselme de Cantorbéry, selon quoi l’animation de l’embryon n’est pas immédiate, mais postérieure à la conception, ce pourquoi, les théologiens catholiques d’alors jugeaient que l’avortement n’est pas un meurtre tant que l’embryon n’a pas encore acquis forme humaine. En effet, si le livre de l’Exode, dans les versions hébreu et latine, ne prévoit, quand une femme enceinte a été accidentellement bousculée, de rendre âme pour âme que quand la mère meurt, dans la version grecque de la Septante, l’avortement accidentel entraîne la mort du responsable si le fœtus est formé :
Si deux hommes se battent et qu’ils frappent une femme enceinte, et que son enfant sorte sans être formé, l’homme sera puni d’une amende [...]. S’il était formé, il donnera vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. (Ex. XXI, 22-2410.)
« Formé », c’est ici exeikonisménon, littéralement : « fait à l’image », qui renvoie bien sûr à l’homme formé à l’image de Dieu de la Genèse.
La tradition patristique, grecque aussi bien que latine, mit souvent en relation cette formation de l’embryon à l’image (de Dieu) avec l’insufflation d’un esprit de vie par Dieu en l’homme tiré du sol (Gn II, 7), considérant alors que le fœtus est formé par son animation, et qu’ainsi l’avortement accidentel ou volontaire d’un embryon formé est un homicide. On s’accorde généralement à reconnaître que cette formation humaine de l’embryon, qui correspond à la pleine différenciation des membres, intervient plus tard pour la fille que pour le garçon (sauf In somnium Scipionis I, VI, qui juge que la formation de la fille prend cinq semaines, et celle du garçon, six semaines) : suivant Aristote (Histoire des animaux VII, III), au quarantième jour pour le garçon et au quatre-vingt-dixième pour la fille ; suivant le Lévitique (XII, 1-5), au quarantième jour pour le garçon et au quatre-vingtième pour la fille ; suivant le De spermate, au trentième jour pour le garçon, et au quarantième pour la fille, etc.


 

 

II/ LES SYSTÈMES DE PENSÉE

 

Ce couple de mots, Judéo-Christianisme, désignant les deux premières religions monothéistes, trouve sa première concrétisation dans les deux livres, les bien-nommés Ancien et Nouveau testaments, constitutifs de la « Bible ». En quoi ce 'testament de Dieu' contribue-t-il à l'économie, non seulement du monde mais de l'Être ? Peu de philosophes se sont exprimés sur ce sujet.
Bernard-Henri Lévy, juif de confession, nous livre un éclairage précieux sur ce qui, pour lui, constitue l'originalité de chacune de ces deux religions.
Pour lui : « Dieu est en retrait ! C'est, dit-il, l''expérience juive fondamentale et, probablement aussi, la grande différence avec le christianisme. Le chrétien croit ; le juif sait. Pascal joue le pari, Maïmonide la connaissance. L''expérience chrétienne, dans ce qu'elle a de plus génial et le plus beau, suppose le saut dans la foi, la communion avec le Seigneur ; l''expérience prophétique, dans son propre et prodigieux génie, est plutôt celle du ciel vide et du Dieu qui, comme chez les kabbalistes, se retire du monde et menace de le décréer ».
Dieu, est-on tenté de dire, est là pourtant'
Oui' répond BHL «  Mais il est là sans l'être. Il a créé le mondemais peut, tout aussi bien le décréer. C'est l'intuition, si belle et si terrible, de Rabbi Haïm de Volozhin*, l''un des inspirateurs permanents du 'livre' ».
En quoi BHL croit-il au fond ?
«  Je crois, encore une fois, que la question n''est pas de croire, mais de savoir. Ou, si vous préférez, que la question de la croyance en Dieu, de l''existence de Dieu, de sa volonté bonne ou non, de ce Dieu personnel qui a voulu le mal ou qui l''a fait malgré lui, n'est centrale que si on regarde le judaïsme avec les lunettes de l''entendement chrétien et en particulier catholique. Lévinas l''a fait (notamment lors de ses échanges à Castel Gandolfo avec le pape Jean-Paul II), Rosenzweig aussi. »
En effet, ce dernier, né dans une famille juive assimilée à la culture allemande, dont certains membres s'étaient convertis au christianisme, fut lui-même tenté de suivre cette voie avant d''effectuer un retour au judaïsme pour en faire la base de son œuvre philosophique ('L'Etoile de la Rédemption').
BHL, in fine avoue essayer de résister à cette tentation et tente, par ailleurs, de comprendre sa petite sœur qui, elle, a fait le saut dans la foi.

* BHL dans Entretiens (2007), a souligné l'importance de l''œuvre de Rabbi Haïm de Volozhin (1749-1821).
« Sa doctrine consiste en trois choses :
' Un : Dieu a créé le monde.
' Deux : une fois la création achevée, il s'est retiré.
' Trois : pour que le monde ne s'effondre pas comme château de sable et qu''il ne se dé-crée pas, il faut que par leur prière et leur étude, les hommes en soutiennent infatigablement les murailles fragiles. Le monde
est menacé de se défaire et seuls les hommes peuvent empêcher ce processus de décréation. »

 


Date de création : 27/02/2016 - 12:42
Dernière modification : 27/02/2016 - 12:46
Catégorie : Contributions|Henri Duthu
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