Sans savoir nager, se jeter à l'eau pour sauver quelqu'un, c'est aller vers l'autre totalement.   E.Lévinas, Le philosophe et la mort

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kalelogo.gifFait religieux - Effervescence sociale et émotion collective

Effervescence sociale et émotion collective :
les aspects du religieux contemporain

Existe-t-il une « nature sociale des sentiments » (Durkheim) ? Comment s’élaborent les croyances communes ? Pourquoi recherche-t-on la compagnie de celles et de ceux qui pensent et qui sentent comme nous ?

Dans la société contemporaine, derrière le pouvoir de l’économico-politique réside peut-être une puissance de la socialité, un « divin social » (Durkeim) qui agit sur la « reliance », religiosité « affectuelle » propre au tribalisme.

Il est des moments où le « divin » social prend corps au travers d’une émotion collective qui se reconnaît dans telle ou telle typification. Le prolétariat, le bourgeois pouvaient être des « sujets historiques » qui avaient une tâche à réaliser. Tel ou tel génie théorique, artistique ou politique pouvait délivrer un message dont le contenu indiquait la direction à suivre. Les uns et les autres restaient des entités abstraites et inaccessibles, qui proposaient un but à réaliser. Par contre, le type mythique a une simple fonction d’agrégation, il est pur « contenant ».  Il ne fait qu’exprimer, pour un moment déterminé, le génie collectif. Voilà bien la différence que l’on peut établir entre les périodes abstractives, rationnelles et les périodes « empathiques ». Celles-là reposent sur le principe d’individuation, de séparation, celles-ci au contraire sont dominées par l’indifférenciation, la « perte » dans un sujet collectif : ce que j’appellerais le néo-tribalisme.
Maints exemples de notre vie quotidienne ne manquent pas d’illustrer l’ambiance émotionnelle secrétée par le développement tribal ; on peut d’ailleurs noter que ceux-ci ne choquent plus, ils font partie du paysage urbain. […] on peut dire que l’on assiste tendanciellement au remplacement d’un social rationnalisé par une socialité à dominante empathique.
Celle-ci va s’exprimer dans une succession d’ambiances, de sentiments, d’émotions. Il est par exemple intéressant de noter que ce à quoi renvoie la notion de Stimmung (atmosphère) propre au romantisme allemand, sert de plus en plus, d’une part pour décrire les rapports qui règnent à l’intérieur des micro-groupes sociaux, d’autre part pour spécifier la manière dont ces groupes se situent dans leur environnement spatial (écologie, habitat, quartier). De même l’utilisation constante du terme anglais feeling dans le cadre des relations interpesonnelles mérite attention : il servira de critère pour mesure la qualité des échanges, pour décider de leur poursuite ou du degré de leur approfondissement. Or si on se réfère à un modèle d’organisation rationnelle, quoi de plus instable que le sentiment ?
En fait, il paraît nécessaire d’opérer un changement dans nos modes d’appréciation des regroupements sociaux. A cet égard, on peut utiliser avec profit l’analyse sociohistorique que M. Weber fait de la « communauté émotionnelle » (Gemeinde). Il précise qu’il s’agit d’une « catégorie », c’est-à-dire quelque chose qui n’a jamais existé en tant que tel, mais qui peut servir de révélateur à des situations présentes. Les grandes caractéristiques attribuées à ces communautés émotionnelles sont l’aspect éphémère, la « composition changeante », l’inscription locale, « l’absence d’une organisation », et la structure quotidienne (Veralltätigung). Weber montre également que, sous diverses appellations, on retrouve ces regroupements dans toutes les religions, et en général à côté des rigidifications institutionnnelles.[94]

Près de vingt ans se sont écoulées depuis la rédaction de cette citation. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En présence de l’avancée des technologies et bousculés par les faits divers tirés de l’actualité, les pouvoirs politiques se retrouvent confrontés à donner du sens et à rappeler les interdits sociaux.

Certes, l’histoire a permis de poser quelques jalons, mais comment rester « prophétique » sans se couper de ses racines et de son histoire pour devenir les fossoyeurs du futur ?

L’analyse des aspects contemporains du religieux nous amène à questionner les théories de la sécularisation et à considérer de manière nouvelle les rapports entre religion et modernité.

Au cœur de la modernité, après que les philosophies aient annoncé la mort de Dieu, le tout est possible (de la technique) a glissé petit à vers un tout n’est pas nécessairement souhaitable (de l’éthique).

La mort de Dieu signifie-t-elle la mort des religions ? D’aucuns l’ont pensé. Mais encore, ne faut-il pas confondre religion et religiosité. Et être assuré que l’antique distinction du monde entre espace sacré (cosmos) et espace profane (chaos), ne se présente pas à l’homme moderne –areligieux dans un monde désacralisé– sous des formes de valorisation religieuses du Monde sécularisé.[95]

Un double mouvement affecte aujourd’hui les phénomènes religieux de nos sociétés contemporaines et spécialement en Occident : mouvement d’affaissement des religions officielles sous certains de leurs aspects institutionnels, et jaillissement corrélatif de religions sauvages. Parallèlement se manifeste un large mouvement de « retour (ou ‘dérégulation’) du religieux ». Mais ce religieux est devenu éclaté et flottant. Il est alors utilisé ou réutilisé sous des formes nouvelles ou renouvelées, donnant naissance à de multiples groupes et mouvements.

Les formes religieuses traditionnelles continues toutefois d’exister. Mais elles sont marquées elles aussi par des surgissements novateurs de réveil à l’intérieur des Institutions en place. Ce qui multiplie les dénominations et rend parfois l’identification aléatoire.

Les Eglises et grandes religions sont par ailleurs affectées aujourd’hui comme par le passé, de mouvements de scission interne. Et les dissidences se multiplient en ces temps où la religion est devenue l’objet d’un libre choix personnel et d’une composition à la carte.

De plus, à côté des nouveaux mouvements religieux, réveils et dissidences spécifiquement religieuses, le mouvement actuel de protestation contre la dictature du rationalisme et du matérialisme qui a marqué nos sociétés occidentales en gauchissant un mouvement originé dans le siècle des Lumières, a favorisé la naissance de sagesses, de conceptions-du-monde et de groupes spiritualistes nouveaux ou rénovés. Les mouvements gnostiques, ésotériques ou fondés sur la Tradition parallèle –qui s’est développée parallèlement à l’enseignement de l’Université et des Eglises–, font un retour remarqué. Et dans nos sociétés marquées par le décapage de la sécularisation, les formes archaïques du religieux –magie, sorcellerie, arts divinatoires, satanisme–, reviennent en force sous forme de pratiques individuelles mais aussi de groupes organisés.

La recherche de l’intériorité et la quête d’un développement personnel total ont par ailleurs favorisé l’apparition de nombreux groupes s’appuyant sur des psychotechniques élevées au rang de religions-substitut, et de méthodes et « voies » de méditation traditionnelles objets d’une adhésion quasi religieuse.

Le contexte de mondialisation des idées et des échanges a créé également un vaste marché-commun du religieux, où l’Orient vient proposer à l’Occident ses propres voies spirituelles à côté de ses religions traditionnelles.

Ce vaste mouvement qui affecte l’Europe de l’Ouest depuis deux à trois décennies, vient de s’étendre récemment à l’Europe de l’Est. L’effondrement du marxisme a créé en effet un espace libre dans lequel se sont engouffrés des nouveaux mouvements religieux mettant à profit la soif de spiritualité d’une population dont les croyances religieuses avaient été longtemps réprimées ? Il affecte d’ailleurs tous les continents. On dénombre 12.000 Eglises indépendantes en Afrique, et on note un développement aussi considérable en Amérique du Sud (3.000 mouvements en Argentine) qu’en Corée ou au Japon. Ces religions s’implantent parfois en pays francophones par le biais des migrants ou asiatiques et s’y indigénisent.

L’ensemble constitue une mosaïque de groupes religieux, anciens ou nouveaux, qu’il n’est pas toujours aisé d’identifier. Ne dénombre-t-on pas chaque année plus de 1.000 déclarations d’Associations religieuses ou spiritualistes au Journal officiel en France ? Il faudrait un outil pour se repérer dans ce maquis buissonnant qui tend toujours à se développer.[96]

« Nouveaux mouvements religieux » ou « secte », le phénomène religieux contemporain désigne des réalités socioreligieuses aux caractéristiques très diverses :

- hyper modernité dans leur organisation et leurs techniques de diffusion
- valorisation individuelle qui privilégie l’inscription au sein d’une sagesse plutôt que l’adhésion à un corps de doctrines
- pouvoir qui s’exerce de façon subtile en privilégiant la volonté de l’usager plutôt que celle d’un intermédiaire (clerc)
- place privilégiée à l’expression des émotions ou à la maîtrise rationnelle de celles-ci
- plasticité des croyances, souplesse des participations, fluidité des appartenances
- vue holistique pour réconcilier les individus, la société et le cosmos, le spirituel et le matériel
- importance centrale à la santé par le biais d’une alternative thérapeutique à la médecine séculière.

Au sein de la civilisation contemporaine, les radicalismes religieux prennent la forme de contre-sociétés et constituent des groupes sectaires distincts de la société. Le radicalisme religieux peut prendre la forme de l’intégrisme, du conservatisme ou celle du progressisme. (protestation sociopolitique, ex. Cebs).

Diverses formes de radicalisme religieux se sont développés dans les années 1980 : intégrisme catholique, fondamentalisme protestant, judaïsme intégral, mouvement islamiste, orthodoxie bouddhiste.

Conservatisme et progressisme s’expriment en société à partir du lien qui lie la religion et la politique. Religion et politique défendent une vision sociale du monde. Habituellement, ce lien se manifeste par le biais de groupes religieux de type Eglise[97] (assemblée par convocation) ou de type Secte qui se différencient en fonction :

- du critère d’intégration sociale et de symbiose ou de rupture avec l’environnement socioculturel.

- de la liberté de mouvements (entrée, sortie) et de prises de parole au sein du groupe

- de l’officialité du rituel et de la visibilité sociale

- de l’usage de la notion de Dieu, du rituel, du recours aux écrits sacrés


La dimension religieuse au sein des démocraties modernes : Cultures, citoyenneté et religion en Europe

L’Europe est un continent qui a été marqué par les guerres entre Etats, les guerres de religion et la pauvreté. D’une telle situation est né le désir profond d’établir la paix de façon durable. Au sentiment de paix était également associée « la paix du ventre ». Comment vivre sur le vieux continent tout en ayant une espérance de vie qui n’emporte pas les jeunes en raison d’une carence alimentaire, d’une tâche au travail, de maladies qui vous emportent dans la force de l’âge.

A mesure que l’espérance de vie croissait, la nécessité d’un au-delà, d’une terre promise où coulaient le lait et le miel n’était plus aussi nécessaire. Et puis, il y avait ce moment particulier du silence de Dieu (cf. Auschwitz) qui obligeait soudainement de nouveau l’humanité à s’occuper entièrement du prochain. Terrible responsabilité de l’homme pour l’autre homme.

Danièle Hervieu-Léger[99]  repère trois tendances du religieux en Europe. Les trois phases du religieux en Europe se laissent décliner à chaque fois dans le cadre d’une affirmation qui de suite doit être reconsidérée sous un angle qui la limite, ainsi :

1)      l’Europe est le continent de la sécularisation. Mais elle est également un espace où se marque le renouveau dans le débat public du religieux.

L’Europe est une aire géographique où le paradigme de la perte du religieux s’affirme. Le refoulement du religieux dans les sociétés modernes à conduit à la singularité suivante :

- rationalisation de la technique scientifique

- affirmation du sujet citoyen

- spécialisation des institutions

La religion est désormais une sphère parmi d’autres. Cette identité ne constitue pas une identité sociale. Progressivement la science a gagné sur les représentations du religieux.

Au cœur de la modernité, la souveraineté vient du peuple (d’en bas) et non pas de Dieu, d’une vérité transcendante (d’en haut). Au long de l’histoire européenne cette déconstruction s’est manifestée à travers :

- la Réforme protestante
- le 18ème siècle et les Lumières
- le mouvement des nationalités
- la religion non pas principe structurant des sociétés mais comme une partie des libertés individuelles.

Dans les sociétés occidentales d’Europe, le religieux est affaire individuelle (processus de sortie). Mais ce schéma ne s’est pas imposé comme modèle universel. Les conquêtes colonialistes n’ont pas permis l’établissement d’un Empire du religieux.

Délaissant la guerre et l’état de nécessité, l’Europe repue de pain et de paix devait se trouver une nouvelle façon de s’imposer moralement.

Sécularisée, l’Europe sans ses institutions religieuses n’en est pas pour autant une Europe sans croyance.

2) Le retour du religieux, la prolifération des croyances va dans tous les sens. Mais des matrices religieuses et culturelles (catholiques et protestantes) restent très présentent dans la façon avec laquelle les sociétés politiques se sont développées.

Les phénomènes de croyances continuent de fonctionner. Avec le choc culturel des années 70, les triomphes de la modernité chancellent. Les institutions religieuses ont de moins en moins de poids pour réguler le comportement des fidèles. On découvre que ce qui marche c’est les petits groupes d’affinités, chauds, euphoriques.

Les grandes religions n’ont plus le vent en poupe mais les humains continuent de vivre de la croyance et du besoin de se retrouver.

Dès lors, la sécularisation ne signifie pas la non-croyance mais la non-régulation institutionnelle. Chacun se fabrique son sens religieux porté par l’explosion des mouvements modernes de communication et de l’audiovisuel.

Ce bricolage du sens permet d’acquérir ici et maintenant un mieux-vivre (souci de soi) sans attendre pour autant la vie dans un autre monde (au-delà).

On n’est ni dans la perte du religieux ni dans un retour du religieux (retour à la case départ) mais dans un bricolage de sens spirituel où à l’affaissement du religieux (observation des pratiques) correspond une prolifération des dispositifs croyants (identification des croyances).

N’y a-t-il pas au-delà des dispositifs croyants une présence de la religion qui a modelé les espaces culturels européens ? En France, notre façon de concevoir l’école, l’Etat, l’autorité, la famille a été modelée à partir de la matrice culturelle catholique romaine. Ce qui fait dire à d’aucuns que la France est un catholicisme romain (cléricalisme) sans christianisme !

En Suède, on observe également un lien direct entre la mise en œuvre des institutions politiques et l’imprégnation protestante. Le protestantisme d’Allemagne ou des pays nordiques a donné naissance à des réalités politiques diverses. Il n’y a pas qu’un seul protestantisme !

Dès lors, le débat autour de la Constitution européenne apparaît comme un grand coup de théâtre.

3) Ces matrices religieuses et culturelles sont présentes et s’effacent à la fois. Mais cet affaissement est en tension avec l’affirmation de nouveaux groupes religieux

On note dans la société contemporaine une défaillance de la transmission. La transmission des générations n’est plus présente. En présence de la reconnaissance de l’autonomie de l’enfant, parents et grands-parents s’effacent. La vérité n’est plus possédée par la communauté. Il importe d’être authentique dans sa démarche personnelle. Le respect pour le chemin parcouru par chacun est suprême.

Au sortir de la guerre des religions, l’Europe a recherché une paix des religions à travers le contrôle par l’Etat du religieux. L’Europe a construit le politique pour protéger le politique des empiètements du religieux.

L’Europe est également un continent où la question de la faim a disparu. L’Europe n’est plus dans une préoccupation des ressources et de la pénurie (satiété) comme par le passé pour nourrir tout européen. On ne se pose pas la question de savoir si celui qui naît aura à manger mais comment répartir les ressources. Même prier aujourd’hui « donne-nous notre pain quotidien » n’a plus la même force qu’en situation personnelle d’indigence.

L’Europe est plus préoccupée de l’obésité que du manque. Le manque quant à lui est objet de scandale. Dans cette déstructuration anthropologique profonde, la condition de repu (satiété) et la considération de la nature où ne s’inscrit plus l’ordre divin (loi divine) renforce la question existentielle d’établir une paix durable sans sombrer de manière nouvelle dans les guerres de religions.

Ce n’est pas pour rien alors que le silence de la transcendance peut creuser de façon nouvelle une faim d’autrui que rien ne doit venir combler.

Dimension européenne

La question des racines et de l’héritage (et donc de l’origine) s’est posée de façon plus actuelle à travers l’établissement de la Constitution européenne. Pour l’Europe, l’héritage religieux s’inscrit à côté des valeurs culturelles et humanistes et repose sur le respect fondamental des droits de l’être humain, unis dans leur diversité.

Conscients que l’Europe est un continent porteur de civilisation; que ses habitants, venus par vagues successives depuis les premiers âges, y ont développé progressivement les valeurs qui fondent l’humanisme: l’égalité des êtres, la liberté, le respect de la raison,

S’inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe, dont les valeurs, toujours présentes dans son patrimoine, ont ancré dans la vie de la société le rôle central de la personne humaine et de ses droits inviolables et inaliénables, ainsi que le respect du droit,

Convaincus que l’Europe désormais réunie entend avancer sur la voie de la civilisation, du progrès et de la prospérité, pour le bien de tous ses habitants, y compris les plus fragiles et les plus démunis;

qu’elle veut demeurer un continent ouvert à la culture, au savoir et au progrès social; et qu’elle souhaite approfondir le caractère démocratique et transparent de sa vie publique, et œuvrer pour la paix, la justice et la solidarité dans le monde,

Persuadés que les peuples de l’Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun,

Assurés que, « Unie dans sa diversité », l’Europe leur offre les meilleures chances de poursuivre, dans le respect des droits de chacun et dans la conscience de leurs responsabilités à l’égard des générations futures et de la planète, la grande aventure qui en fait un espace privilégié de l’espérance humaine,

Reconnaissants aux membres de la Convention européenne d’avoir élaboré cette Constitution au nom des citoyens et des États d’Europe,[100]

Le respect de la dimension religieuse apparaît à :

- Article II-10: Liberté de pensée, de conscience et de religion[101]
- Article II-14: Droit à l’éducation[102]
-  Article II-21: Non-discrimination[103]
-  Article II-22: Diversité culturelle, religieuse et linguistique[104]

La même idée est reprise dans le Texte final adopté par la Convention européenne des Jeunes à Bruxelles, le 12 juillet 2002.[105]

Si l’union européenne a tenu de faire figurer l’héritage religieux dans sa constitution, cette sensibilité est déjà présente depuis de nombreuses années au sein du Conseil de l’Europe. Les grandes lignes directrices du Conseil de l’Europe sont réunies au sein de Recommandations, Résolutions, Directives et Documents de travail.

Deux documents sont attachés plus spécialement à deux événements historiques récents (le passage à l’an 2000 et l’élargissement de l’Europe) :

- Recommandation 1394 (1999) –  Europe: un projet continental
- Recommandation 1465 (mai 2000) – L'Europe, un patrimoine commun[106]

Le document de référence en lien avec l’héritage religieux de l’Europe reste quant à lui :

- Recommandation 1396 (janvier 1999), Religion et démocratie.

L’Assemblée du Conseil de l’Europe s’est intéressée dans ses Résolutions et ses Recommandations à plusieurs reprises

A la diversité des cultures et des religions en Europe :

- Résolution 885 (1987) relative à la contribution juive à la culture européenne,
- Résolution 916 (1989) relative aux édifices religieux désaffectés,
- Recommandation 1162 (1991) et Directive no 465 relatives à la contribution de la civilisation islamique à la culture européenne
- Recommandation 1291 (1996) relative à la culture yiddish
- Recommandation 1556 (2002) relative à la Religion et changements en Europe centrale et orientale

A la liberté de pensée, de conscience et de religion

- Résolution 787 (1982) relative à la liberté de pensée, de conscience et de religion en Europe de l’Est et la Conférence de Madrid sur les suites de la CSCE
-  Résolution 1309 (2002) relative à la liberté de religion et minorités religieuses en France[107]

A l’attitude à tenir à l’égard des sectes et des nouveaux mouvements religieux,

- Recommandation 1178 (1992) relative aux sectes et aux nouveaux mouvements religieux
- Recommandation 1412 (juin 1999) relative aux activités illégales des sectes

Dans son document du 5 février 1992, l’Assemblée est particulièrement préoccupée par la protection des enfants (prévenir les cas d'enlèvement ou de transfert à l'étranger), l’information des adeptes (liberté de quitter la secte) et le statut des personnes employées par les sectes, toutefois elle estime

« que la liberté de conscience et de religion garantie par l'article 9 de la Convention européenne des Droits de l'Homme rend inopportun le recours à une législation majeure pour les sectes, qui risquerait de porter atteinte à ce droit fondamental et aux religions traditionnelles. » (art. 5)

Suite à de nombreux incidents survenus en lien avec des mouvements sectaires, l’Assemblée produisit un nouveau document en juin 1999 dans lequel elle rappelle :

7. Il est primordial de disposer d’une information fiable sur lesdits groupements, qui ne provienne exclusivement ni des sectes elles-mêmes, ni des associations de défense des victimes de sectes, et de la diffuser largement au grand public, après que les personnes concernées aient eu la possibilité d’être entendues sur l’objectivité de telles informations.

8. L’Assemblée réitère la nécessité d’une action spécifique d’information sur l’histoire et la philosophie des grands courants de pensée et des religions, visant notamment les adolescents, dans le cadre des programmes scolaires.

9. L’Assemblée attache une grande importance à la protection des plus vulnérables, et notamment des enfants d’adeptes de groupes à caractère religieux, ésotérique ou spirituel, en cas de mauvais traitements, de viols, d’absence de soins, d’endoctrinement par lavage de cerveau et de non-scolarisation qui rend impossible tout contrôle de la part des services sociaux.

Par ailleurs, plusieurs documents traitent également

De problèmes de la société moderne à composante religieuse :

- Recommandation 1202 (1993) relative à la tolérance religieuse dans une société démocratique
- Recommandation 1222 (1993) relative à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance.

De l’éducation,

- Recommandation 1501 (2001) relative à la responsabilité des parents et des enseignants dans l’éducation des enfants

De la situation dans certains pays

- Recommandation 1358 (1998) relative à la situation en Algérie
- Résolution 1281 (2002) relative à la situation au Proche-Orient

De la condition  de la femme

- Résolution 1293 (2002) relative à la situation des femmes maghrébines

Du terrorisme

- Recommandation 1644 (2004) relative au Terrorisme: une menace pour les démocraties

Dans diverses situations, des rapports et documents de travail émanant du Conseil de l’Europe accompagnent ces textes et les introduisent :

- Rapport sur la situation des droits fondamentaux dans l'UE 2003
- Document 10056 (janvier 2004) relatif au terrorisme comme menace pour les démocraties
- Document 10097 (février 2004) relatif à la situation des prisons et des maisons d’arrêt en Europe75
- Document 10184 (mai 2004) de la Fédération européenne des Centres de recherche et d’information sur le sectarisme
- Document 10203 (juin 2004) relatif à l’éducation à l’Europe76

Toutes ces résolutions et recommandations ont conduit le Conseil de l’Europe à inviter les responsables politiques des Etats européens à promouvoir l’éducation en matière religieuse : renforcer l’apprentissage des religions afin de développer un sens critique dans le cadre d’une éthique citoyenne, promouvoir et stimuler un enseignement de l’histoire et de la philosophie des religions.

Dimensions nationales au sein de l’Europe

Il existe au sein des constitutions nationales quatre types de relations entre l'Etat et l'Eglise :

- Les pays concordataires où les relations entre l'Eglise catholique et l'Etat ont fait l'objet d'un accord avec le Vatican : Autriche, Belgique, Espagne, Irlande, Italie, Luxembourg, Portugal. Dans ces pays, l'instruction religieuse est une matière d'enseignement ordinaire dans les écoles publiques,
- La stricte séparation entre les Eglises et l'Etat : France,
- Les pays de relations aménagées entre les Eglises et l'Etat : Pays-Bas, Suède, Allemagne,
- Les pays où l'Eglise majoritaire, appelée Eglise d'Etat, jouit d'un statut privilégié : Grèce (orthodoxie), Grande-Bretagne (anglicanisme), Danemark et Finlande (luthéranisme).

Les constitutions nationales

C’est ainsi que dans les Constitutions nationales européennes la référence religieuse est mentionnée dans les termes suivants :

- Allemagne :

Le peuple allemand se dit "conscient de sa responsabilité devant Dieu".

- Irlande :

"Au nom de la Très Sainte Trinité dont dérive toute puissance et à qui il faut rapporter, comme à notre but suprême, toutes les actions des hommes et des Etats."

-  Grèce:

"Au nom de la Trinité sainte, consubstantielle et indivisible".

- Pologne :

La Constitution s'adresse à "tous les citoyens de la République, aussi bien ceux qui croient en Dieu comme source de vérité, justice, bonté et beauté que ceux qui ne partagent pas cette foi mais respectent ces valeurs universelles comme issues d'autres sources."

- Espagne :

La Constitution mentionne la "coopération avec l'Eglise catholique",

- Danemark :

La Constitution mentionne l'appartenance du roi "à l'Eglise évangélique luthérienne".

La spécificité française

En France, la question de la place du religieux au sein de la société s’est reposée de façon diversifiée. A chaque fois le gouvernement a tenté d’y répondre dans la ligne de sa tradition laïque dans le respect du droit de citoyenneté.

De nombreux faits divers médiatisés sans préalables ont contribué à établir un sentiment global autour du fait religieux. Dépassé l’anticléricalisme, la société cherche un équilibre « spirituel » entre une indifférence empreinte de crainte devant l’inconnu (diabolisation),  un sentiment de défaut (perte) d’identité, une quête démesurée de sens :

- constitution d’un comité national d’éthique pour répondre aux questions du législateur (adaptation des lois) et des politiciens en matière de bioéthique, d’écologie, d’enseignement, etc.
- faits divers qui placent les institutions ou les personnes aux prises avec le pouvoir judiciaire : signalement d’abus sexuels sur mineurs (hommes d’églises, adeptes ou leader de sectes), détournement de fonds financiers par des sociétés écran (sectes), refus de parents d’accepter la transfusion sanguine pour leur enfant
- réponse à l’atteinte aux biens (matériels ou spirituels) des personnes physiques ou morales : profanation de tombes, symboles racistes, dégradation de bâtiments religieux
- attitude à tenir des pouvoirs publics face à la montée d’intégrismes et de fondamentalismes au sein de pratiques terroristes : attentats qui touchent de façon aveugles des personnes au sortir de  certaines écoles confessionnelles, de cinémas qui projettent des films, etc. D’où la nécessité de constituer un « dialogue » avec les principales religions représentatives en France et la nécessité pour l’Etat français de rencontrer des dignitaires religieux « légitimement » reconnus et « représentatifs » des différentes expressions religieuses –présentent plus souvent à travers une nébuleuse d’associations que de bâtiment religieux.
- la présence, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les institutions de la république : attitude à tenir face aux élèves qui dans le cadre de l’éducation nationale[111] refusent d’aller en classe un jour de prière (différent du dimanche), de se dévêtir en classe de sport, portent de façon ostensible un signe manifestant une appartenance religieuse ; présence de signes religieux dans des bâtiments classés monuments historiques, etc.
- reconnaissance et acceptation de l’appartenance religieuse de dignitaires étrangers accueillis dans le cadre officiel des échanges internationaux ou lors de visites officielles du gouvernement français à l’étranger (respect des coutumes alimentaires, vestimentaires des femmes –épouse du président ou ministre, reconnaissance du pape comme chef de l’Etat du Vatican).

Les fondements juridiques de la laïcité en France

Les Constitutions nationales européennes disposent d’une référence à la religion ou à Dieu. La France s’en distingue par sa « tradition » laïque (principe de laïcité) qui, dans l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen –en présence et sous les auspices de l'Etre Suprême[112]– (1789) et de sa Constitution (1958) milite en faveur d’un héritage « religieux » plutôt que « chrétien ».

Textes constitutionnels

  • Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen – 26 Août 1789 – Article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

  • Préambule de la Constitution de 1946

Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, repris par le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 :

" (…) Le peuple français (…) réaffirme solennellement les droits et les libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :

La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme. (…)

Nul ne peut-être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. (…)

La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État. "

  • Article 1 de la Constitution de 1958

La Constitution française de 1958 – Article 1. La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Textes législatifs et réglementaires

  • Loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État.
  • Loi du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l'Etat et les établissements d'enseignement privé.
  • Code de l’éducation : La laïcité de l'enseignement public : Articles L141-1 à L141-6 -La liberté de l'enseignement : Articles L151-1à L151-6 - Les droits et obligations des élèves : Articles L511-1 à L511-4
  • Décret n° 85-924 du 30 août 1985  relatif aux établissements publics locaux d'enseignement [sur le site Légifrance] Décret n° 85-1348 du 18 décembre 1985, relatif aux procédures disciplinaires dans les collèges, les lycées et les établissements d'éducation spéciale [sur le site Légifrance]
  • Circulaire du 12 décembre 1989 ( nor : MENX8910373C ) Laïcité, port de signes religieux par les élèves et caractère obligatoire des enseignements
  • Circulaire du 20 septembre 1994 ( nor : MENB9401709Y ) relative à la neutralité de l’enseignement public : port de signes ostentatoires dans les établissements scolaires
  • Circulaire du 11 juillet 2000 ( nor : MENE0001706C ) Organisation des procédures disciplinaires dans les collèges, les lycées et les établissements régionaux d’enseignement adapté.
  • Circulaire du 11 juillet 2000 ( nor : MENE0001707C ) Le règlement intérieur dans les EPLE.

8 avril 1802

La loi instaure un régime concordataire pour quatre cultes reconnus (catholique, luthérien, réformé et israélite). Avec sept bureaux et de nombreux effectifs, la Direction générale des cultes du ministère de l’Intérieur, une sorte de « service du personnel », gère les mouvements épiscopaux et les traitements versés au clergé.

Loi du 15 mars 1850 sur les établissements (scolaires) du primaire et du secondaire (loi Falloux)

Art. 69. " Les établissements libres peuvent obtenir des communes, des départements ou de l'État, un local et une subvention, sans que cette subvention puisse excéder un dixième des dépenses annuelles de l'établissement. Les conseils académiques sont appelés à donner leur avis préalable sur l'opportunité de ces subventions. "

Loi du 12 juillet 1875 (loi Laboulaye)

Art. 1. " L'enseignement supérieur est libre. "

Loi du 28 mars 1882 sur l'instruction publique obligatoire (loi Jules Ferry)

Art. 2. " Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants l'instruction religieuse en dehors des édifices scolaires. "

Loi du 30 octobre 1886 sur l'organisation de l'enseignement primaire (loi Goblet)

Art. 2. " Les établissements d'enseignement primaire de tout ordre peuvent être publics, c'est-à-dire fondés par l'État, les départements ou les communes ; ou privés, c'est-à-dire fondés et entretenus par des particuliers ou des associations. "

Art. 17. " Dans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement est exclusivement confié à un personnel laïque ".

Loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État

Art 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. (art. 1).

Art. 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucune culte (…) (sauf pour) les dépenses relatives à des exercices d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons (…).

Art. 27. Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures du culte sont réglées en conformité de l'article 97 du Code de l'administration communale. Les sonneries de cloches seront réglées par arrêté municipal, et en cas de désaccord entre le maire et l'association cultuelle, par arrêté préfectoral.

Art. 28. Il est interdit (…) d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices du culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. (…).

Loi du 2 janvier 1907

Art. 5. "À défaut d'associations cultuelles, les édifices affectés à l'exercice du culte, ainsi que les meubles les garnissant (…) pourront être laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion ".

Décret du 17 août 1911

Un décret supprime officiellement la Direction générale des cultes qui avait été maintenue temporairement pour la liquidation des pensions et l’attribution des biens ecclésiastiques. Elle est remplacée par un simple Bureau des cultes[116].

Loi du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l'État et les établissements d'enseignement privés (loi Debré) :

Art. 1. "Suivant les principes définis dans la Constitution, l'État assure aux enfants et adolescents dans les établissements publics d'enseignement la possibilité de recevoir un enseignement conforme à leurs aptitudes dans un égal respect de toutes les croyances.

L'État proclame et respecte la liberté de l'enseignement et en garantit l'exercice aux établissements privés régulièrement ouverts.

Il prend toutes dispositions utiles pour assurer aux élèves de l'enseignement public la liberté des cultes et de l'instruction religieuse.

Dans les établissements privés (…) (sous contrats) (…), l'enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l'État. L'établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants, sans distinction d'origine, d'opinions ou de croyances, y ont accès. ".

Loi du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur, dite loi Savary

" Le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique ".

Projet de Loi d'Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure (2002)

De Nicolas Sarkozi, Ministre de l'Intérieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales : « De même, en tant que ministre des cultes, dans le cadre des contacts que j'ai noué avec l'ensemble des religions, je consacre beaucoup de temps et d'énergie à la création d'une instance représentative du culte musulman, dont je considère qu'elle est un facteur d'intégration. »

Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes  ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics

Cf. Projet de loi relatif à l'application du principe de laïcité dans les écoles, collèges et lycées publics, n° 1378, déposé le 28 janvier 2004. Texte définitif adopté le 3 mars 2004.

4.3.1.3         Circulaires et autres textes

1936-1937 : circulaires Jean Zay

Elles interdisent toute forme de propagande, politique ou confessionnelle, à l'école, et tout prosélytisme.

1989 : avis du Conseil d'État (réitéré en 1992)

Cet avis rappelle la neutralité de l'enseignement et des enseignants. Le port de signes religieux à l'école n'est ni autorisé, ni interdit : il est toléré, dans la limite du prosélytisme et à condition de ne pas s'accompagner du refus de suivre certains cours ou de la mise en cause de certaines parties du programme scolaire.

1994 : circulaire François Bayrou

La circulaire ministérielle de François Bayrou recommande l'interdiction à l'école de tous les " signes ostentatoires, qui constituent en eux-mêmes des éléments de prosélytisme ou de discrimination ".

Rapports sur la laïcité dans la République

Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République : rapport au Président de la République

Le rapport Stasi (Bernard Stasi) rend compte des travaux de la Commission présidée par Bernard Stasi et installée par le Président de la République le 3 juillet 2003. Abordant la laïcité comme principe universel et valeur républicaine puis comme principe juridique, la Commission propose ensuite un "diagnostic" et une série de propositions visant à "affirmer une laïcité ferme qui rassemble".

La laïcité aujourd'hui : rapport d'étape

Le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme qui tente d'apporter des solutions françaises dans un contexte européen et international à la place de la laïcité dans la théorie des droits de l’homme.

Rapport fait au nom de la mission d'information sur la question du port des signes religieux à l'école (Jean-Louis Debré)

Le rapport propose une réaffirmation par la loi du principe de laïcité à l'école afin de restaurer le respect de la neutralité de l'espace scolaire et préconise des mesures complémentaires pour faire vivre la laïcité à l'école dans un environnement apaisé.

Rapport annuel du Défenseur des enfants au Président de la République et au Parlement : année 2003 (Claire Brisset)

Le rapport 2003 présente une réflexion sur le thème du droit à l'éducation (accueil des enfants de 2-3 ans,  laïcité,  scolarisation des enfants handicapés,  violences scolaires...).

L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque

Le rapport estime qu'il est nécessaire d'avoir une approche raisonnée des religions comme faits de civilisation. Il émet douze recommandations pour l'enseignement du fait religieux à l'école : évaluation des programmes d'histoire, de géographie et de lettres, renforcement des cohérences entre les programmes, création –dans les IUFM– d'un module "Philosophie de la laïcité et histoire des religions", propose la création d'un "Institut européen en sciences des religions".

Croyances religieuses, morales et éthiques dans le processus de construction européenne

Le rapport analyse l'évolution des croyances en Europe, les pratiques religieuses et leur mode d'expression.

Rapport du Haut Conseil à l’intégration

Le rapport de 1992 du Haut Conseil à l’intégration traitait essentiellement de l’articulation entre islam et laïcité. Il a semblé intéressant au Haut Conseil de chercher à mieux cerner les liens culturels entre islam et intégration.

Intégration et liens avec les cultures d’origine ont toujours coexisté. La nation française a su intégrer des populations aux origines et cultures diverses attachées à la conservation de ces liens originels. Mais aujourd’hui la question des relations entre intégration et liens originels mérite d’être reposée au regard d’une diversité peut-être plus grande que par le passé des populations présentes sur le sol national. Du moins nos concitoyens peuvent-ils parfois s’interroger quant aux conséquences sur l’intégration, objectif permanent de la société française et de ses pouvoirs publics, du maintien de liens avec leurs cultures d’origine de populations fort diverses. L’attachement à la culture d’origine peut-il freiner ou au contraire favoriser l’intégration ? C’est à cette question que le Haut Conseil à l’intégration a entendu apporter sa contribution.

Parmi les liens qui maintiennent l’attachement des populations immigrées à leur culture d’origine, le facteur religieux joue un rôle important mais difficile à cerner.

L'Islam dans la République

Le rapport (novembre 2000) présente la diversité des communautés musulmanes en France et ses représentations (associations diverses, fédérations nationales) et analyse des obstacles à l'exercice du culte, l'alimentation, la vie à l'école et le statut personnel.

Il convient également de mentionner les documents de travail élaborés à l'intention des Sénateurs par la Division des études de législation comparée du Service des affaires européennes. Ces documents ont un caractère informatif et ne contiennent aucune prise de position susceptible d'engager le Sénat

Législation européenne comparée de la commission du Sénat

  • Le port de signes d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires

Service des affaires européennes (juin 1997). L'application stricte de la laïcité et la volonté de reconnaître des droits aux individus et non aux communautés ont donné une importance toute particulière dans notre pays aux débats suscités par le port du foulard islamique dans les établissements scolaires. Si ces débats semblent avoir épargné nos voisins méditerranéens, en revanche l'Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Suisse, ont été peu ou prou confrontés au même problème. Outre-Atlantique, le Canada l'a été également, mais pas les Etats-Unis. De l'examen des affaires qui se sont déroulées dans ces pays, il ressort que :

- la plupart des conflits ont été résolus à l'amiable ;
- les autorités, administratives ou judiciaires, qui ont été saisies se sont prononcées pour l'autorisation du port du foulard islamique, en fixant parfois certaines conditions ou limites.
  • Le financement des communautés religieuses

Depuis 1946, la Constitution française dispose que notre pays est une « république indivisible, laïque, démocratique et sociale » et, en vertu du célèbre article 2 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, « la république ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte ».

Les contrastes de la situation française fournissent l’occasion d’examiner le régime du financement des communautés religieuses chez quelques-uns de nos voisins. L’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal ont été retenus. Ces huit pays ont en effet connu des évolutions historiques très différentes, notamment sur le plan religieux.

La République au risque des mouvements sectaires

D’abord en 1995 puis en 1999[117], une Commission du Sénat s’est penchée sur « la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, ainsi que sur leurs activités, économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers ». Etude justifiée par le fait que le phénomène sectaire, au cours des dernières années, est marqué par une perte en spiritualisme et un accroissement en mercantilisme :

Il est clair pour tous ceux – des spécialistes individuels du phénomène aux associations de défense des victimes et aux organismes publics – qui ont affaire aux agissements des sectes, que l’argent constitue souvent à la fois le moteur du véhicule, la destination du trajet et les méandres du chemin. Or, si la recherche de moyens matériels, voire du profit, n’a, en elle-même, rien de répréhensible, encore faut-il qu’elle se déroule dans le respect des règles qui l’encadrent et des libertés fondamentales de l’individu. Prendre la mesure de la puissance économique et financière des sectes, mettre en lumière, le cas échéant, les dérives constatées, afin de suggérer les correctifs nécessaires était donc devenu une mission d’intérêt public, dont l’ensemble des groupes politiques représentés à l’Assemblée nationale a ressenti l’exigence.

Ce document avait pour but d’analyser le critère de dangerosité du principe des libertés individuelles (liberté de conscience des citoyens) au regard du respect de l’ordre public (souveraineté de l’Etat), en matière d’agissements sectaires : liberté d’aller et venir, de posséder des biens et d’en jouir, d’entretenir son corps et sa santé, d’être protégé contre les abus de pouvoirs, de se défendre contre les atteintes à ses intérêts moraux et matériels.

Le document reconnaît que les sectes s’appuient sur la misère humaine et définit le profil du candidat de la façon suivante :

Le profil du candidat à être victime d’une secte : celui qui, avec raison ou non, croit avoir trop souvent rencontré l’injustice ou les privations, et qui vit un manque affectif, quel que soit son niveau social et intellectuel, franchit un seuil de fragilité qui le rend particulièrement vulnérable aux tentations sectaires.

Devant la mouvance du phénomène sectaire, il est difficile d’établir une typologie des mouvements. Le rapport distingue toutefois treize familles de sectes, classées en fonction de leur objet principal :

- les alternatives qui préconisent une organisation radicalement différente de la société et des rapports humains ;
- les apocalyptiques, qui prédisent un prochain cataclysme planétaire et offrent à leurs adeptes les moyens d’y échapper ;
- les évangéliques, qui représentent des émanations extrêmes des Eglises réformées, où le pasteur joue un rôle de gourou ;
- les guérisseuses, qui proposent des thérapies faisant appel à des procédés irrationnels ou peu scientifiques pour vaincre les maladies incurables les plus graves, notamment le cancer et le SIDA ;
- les néo-païennes, qui cherchent à rétablir les cultes disparus avec la propagation du Christianisme ;
- les nouvel-âgiennes[118], qui préparent l’entrée du monde dans une nouvelle ère, celle du Verseau, et prônent pour cela un néo­spiritualisme fortement empreint de millénarisme ;
- les occultistes, qui pratiquent les sciences occultes les plus diverses (astrologie, alchimie, magie sous toutes ses formes, sorcellerie… ) ;
- les orientalistes, qui constituent des déviances des religions orientales (bouddhisme, hindouisme, taoïsme… ) en fonction des lumières particulières à leur gourou ;
- les pseudo-catholiques qui se réfèrent à la tradition catholique qu’elles entendent maintenir contre les réformes imposées par Rome ;
- les psychanalytiques ou pseudo-psychanalytiques, qui veulent soulager l’inconscient de ses faiblesses par des techniques para-psychologiques opposées à la psychologie et à la psychanalyse classiques ;
- les sataniques et lucifériennes qui annoncent l’avènement sur la terre du règne de Satan et se livrent pour cela à des profanations[119] et à des messes noires ;
- les syncrétistes qui mélangent, en fonction des recettes de leurs gourous, les ingrédients de traditions spirituelles très différentes ;
- les ufologiques, également appelées soucoupistes, entrent en communication avec les extra-terrestres, soit pour les accueillir sur terre, soit pour préparer le départ sur une autre planète.

Les sectes répondent aux maux de la société et offrent un ensemble complet de prestations à l’instar de « supermarchés du spirituel » :

Ainsi, la Scientologie et les nébuleuses Prima Verba et Anthroposophie, que l’on rencontrera à plusieurs reprises au cours de ce rapport, offrent un ensemble complet de prestations qui en font les hypermarchés des produits sectaires : on y dispense des conférences, des cours, des séminaires de développement personnel, des stages de formation professionnelle, on y vend des produits qui guérissent le Sida comme la calvitie, on y pratique des cultes qui vous mettent en rapport, au choix ou en bloc, avec les anges, les disparus, les divinités de toutes sortes ; on peut y sauver votre entreprise si elle rencontre des difficultés économiques, ou votre famille si elle éprouve le mal de l’incommunicabilité entre les êtres ; on peut vous y aider à vous débarrasser de vos ennemis, et bien sûr, on peut vous y enrichir, le tout à des tarifs d’amis qui deviennent progressivement monstrueux.

Elles sont sur le front médical, social (chômeurs, détenus, toxicomanes, populations  immigrées) et humanitaire :

Le Mouvement raëlien a proposé, sur Internet, l’attribution à chaque individu, y compris aux nourrissons qui « créent un potentiel d’échanges », d’un revenu minimum d’existence (RME).

Une de ses filiales, domiciliée aux Bahamas et dénommée Valiant Venture Ldt, offre une assistance scientifique aux parents désirant avoir un enfant qui serait le clône de l’un deux.

La Scientologie, par sa filiale l’association Criminon, a proposé à des détenus des cours gratuits par correspondance ;

Certaines activités périphériques ont été confiées à des associations spécifiques créées à cet effet, comme « Non à la drogue, oui à la vie » ou les centres Narconon, qui constituent la vitrine présentée comme « caritative », et la concrétisation de son implication dans la lutte contre la drogue.

Les associations de chômeurs ont été approchées dans plusieurs régions notamment par Les Pèlerins d’Arès, Le Parti Humaniste et le mouvement Sri Sathya Saï, qui proposent des formules particulières pour combattre le chômage ;

Des communautés maghrébines ont pu, en plusieurs endroits, bénéficier des enseignements des Témoins de Jéhovah, qui organisent des assemblées où les propos sont traduits en langue arabe.

[…]

Le Patriarche-Dianova qui lutte contre la toxicomanie (au capital social d’1,5 millions d’euros) réparti entre l’association Lucien Engelmajer (15 % des actions), les associations françaises, suisses, portugaises et espagnoles constituant la secte, et les associations contre le Sida qui lui sont liées.

Les sectes revendiquent le statut de religion (association cultuelle[120]) afin d’obtenir une reconnaissance officielle. Elles recourent au bénévolat et jouent sur la présomption d’une action cultuelle non-lucrative.

La vie politique française n’est pas à l’abri de l’infiltration des sectes qui n’hésitent pas à utiliser le statut de formation politique pour propager leur message lors d’élections nationales et européennes (bénéficier des mécanismes de remboursement des dépenses électorales, utiliser les droits d’antennes du service public de radiodiffusion et de télévision pour la campagne électorale).[121]

Dans le commerce et la distribution, les secteurs de prédilection des sectes sont :

- La formation professionnelle et le conseil aux entreprises
- Le développement personnel et les loisirs
- L’éducation et l’accueil des enfants[122]
- L’informatique
- Les domaines pharmaceutique et médico-social [123]

Les mouvements sectaires privilégient trois séries d’approche commerciale : le démarchage personnel, la franchise et la vente pyramidale

La richesse des sectes est inégale. Les deux sectes les plus riches : la Scientologie et les Témoins de Jéhovah. A partir des richesses, on distingue :

- les « grandes sectes » : Témoins de Jéhovah, Scientologie, Soka Gakkaï, l’AMORC, Mahikari, Mandaron et Anthroposophie, Dianova et Moon.
-  les « sectes moyennes » : Ogyen Kunzang Chöling, l’Eglise du Christ, Invitation à la vie, l’Office de Cluny, Au cœur de la communication (ACC), Krishna, Tradition famille propriété et le Mouvement du Graal.
- les « petites sectes » : Roses Croix et Pentecôte de Besançon.
- les sectes inclassables : Mouvement raëlien, Fraternité blanche universelle, Orkos, Landmark, méthode Avatar, Energo-Chromo-Kinèse et Fédération d’agrément des réseaux (FAR)

Les fraudes les plus répandues dans les pratiques sectaires :

- les infractions à la législation du travail (accident du travail)
-  les infractions au code du travail (bénévolat)
- les infractions au code de la sécurité sociale (cotisations sociales)

A ces manquements viennent s’ajouter les infractions économiques et financières (déclarations fiscales).

 « Qu’est-ce que la religion ? »

La religion est une façon de gérer l’origine et de baliser quelques approches de l’être. […]

Si la religion est un « piège », c’est au sens où les gens aiment aussi être piégés, liés, capturés, donc protégés dans le piège qu’offre une identité sociale […]

Des hommes (donc) ont réussi en marge des religions –et mus par leur désir de faire– à rencontrer leurs limites d’être, et à tenter de les déplacer. Ces limites –celles de la science, de la technique, du savoir-faire– sont celles de l’homme, en proie à ses modes d’être. A travers elles, il rencontre une certaine transcendance qui fait que des hommes, sans relever d’une religion, manifestent une éthique « humaine », personnelle, digne de respect, se rendent utiles, surtout si on les prend au mot. Elles ont leur place dans la culture ; bien que celle-ci remplace souvent le culte par l’inculte […]

Ce que les hommes ont de commun c’est ce qui leur manque.[124]


[94] Michel Maffesoli, Le temps des tribus. Le déclin de l’individualisme dans les sociétés de masse, Meridiens Klincksieck, Paris 1988, 22-23.

[95] « Dans cette expérience de l’espace profane, continuent d’intervenir des valeurs qui rappellent plus ou moins la non-homogénéité qui caractérisent l’expérience religieuse de l’espace. Il subsiste des endroits provilégiés, qualitativement différents des autres : le paysage natal, le site des premiers amours, ou une rue ou un coin de la première ville étrangère visitée dans la jeunesse. Tous ces lieux gardent, même pour l’homme le plus franchement non-religieux, une qualité exceptionnelle, « unique » : ce sont les « lieux saints » de son Univers privé, comme si cet être non-religieux avait eu une révélation d’une autre réalité que celle à laquelle il participe par son existence quotidienne » : Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Gallimard, Paris 2003, p. 27-28.

[96] Jean Vernette, Claire Moncelon, Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui. Religions–Eglises–Sectes. Nouveaux mouvements religieux. Mouvements spiritualistes, Quadrige/PUF, Paris 2001, Avant-propos.

[97] « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent » : Emile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, PUF, Paris 1912, p. 65.

[98] « La paix est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls hommes politiques. C'était déjà la conviction des fondateurs protestants du Parlement mondial des religions né à Chicago en 1893 ! Elle a été répétée sur tous les tons, du mercredi 7 au mardi 13 juillet à Barcelone, par 7 000 délégués d'une assemblée unique au monde. Le "Parlement", ce sont les "Jeux olympiques" des religions. Restauré, un siècle après sa fondation, à Chicago (1993), il a tenu ses dernières assises au Cap (1999), puis à Barcelone où une cinquantaine de confessions et 75 pays étaient représentés.

Tout ce que la planète religieuse compte de militants pacifistes, écologistes, féministes a défilé près d'une semaine dans la capitale catalane.[…] Jeux olympiques ou... foire des religions ? […] Mais, dans une atmosphère peace and love qui commence à dater, le but était néanmoins de dénoncer tous les extrémismes religieux et de contribuer à une "culture de la paix", avec, cette année, un accent mis sur la participation des religions aux campagnes pour l'élimination de la dette du tiers-monde et à l'accueil des réfugiés.

[…] Au-delà d'un universalisme irritant, qui met sur le même plan toutes les traditions et religions, anciennes et établies, nouvelles ou folkloriques, et qui ne distingue plus les spiritualités, Jésus de Bouddha, ce "Parlement" de Barcelone aura eu le mérite de montrer que des expériences religieuses pouvaient pacifiquement se confronter, qu'un dialogue restait possible entre rabbins israéliens et militants palestiniens, que des initiatives de paix multiconfessionnelles locales pouvaient aboutir, etc. On en regrettera que plus l'absence, très large, de l'Europe et de l'Afrique. » : Article de Henri Tincq paru dans l’édition du Monde du 17.07.04.

[99] Professeur de sociologie à l’Institut des hautes Ecoles en Sciences Sociales de Paris (EHESS), directrice du Centre Interdisciplinaire d’Etudes du Fait Religieux (CEIFR); éditeur en chef de la revue Archives de sciences sociales des religions; Publications récentes : Catholicisme, la fin d'un monde (2003); La religion en miettes ou la question des sectes (2001); Le Pèlerin et le converti. La religion en mouvement (1999); Les identités religieuses en Europe, (édité en collaboration, 1996); La religion pour mémoire (1993).  Cf. Croyances religieuses, morales et éthiques dans le processus de construction européenne (mai 2002).

[100] Cf. le Préambule du Projet de Traité établissant une constitution pour l’Europe. Adopté par consensus par la Convention européenne les 13 juin et 10 juillet 2003.

[101] Article II-10: Liberté de pensée, de conscience et de religion 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

[102] Article II-14: Droit à l’éducation1. Toute personne a droit à l’éducation, ainsi qu’à l’accès à la formation professionnelle et continue.2. Ce droit comporte la faculté de suivre gratuitement l’enseignement obligatoire.3. La liberté de créer des établissements d’enseignement dans le respect des principes démocratiques, ainsi que le droit des parents d’assurer l’éducation et l’enseignement de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses, philosophiques et pédagogiques, sont respectés selon les lois nationales qui en régissent l’exercice.

[103] Article II-21: Non-discrimination1. Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle.2. Dans le domaine d’application de la Constitution et sans préjudice de ses dispositions particulières, toute discrimination fondée sur la nationalité est interdite.

[104] Article II-22: Diversité culturelle, religieuse et linguistique. L’Union respecte la diversité culturelle, religieuse et linguistique.

[105] Article 6. L'égalité doit figurer au cœur du projet européen. Elle est essentielle au concept de citoyenneté européenne. Nous tenons à lutter contre la discrimination sous toutes ses formes et à tous les niveaux de notre société. Que ce soit pour des motifs liés au sexe, au milieu ethnique ou social, à la langue, à la religion ou aux convictions aux opinions politiques, au handicap, à l'âge ou à l'orientation sexuelle, nous ne pouvons tolérer les injustices systématiques.

[106]  Campagne du Conseil de l'Europe tendant à la reconnaissance du patrimoine commun de l'Europe dans son ensemble, à la suite de l'élargissement du Conseil de l’Europe.

[107] Cf. La loi no 2001-504 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales a été promulguée le 12 juin 2001

[108] « Des représentants qualifiés de toutes les religions auxquelles les détenus adhèrent doivent avoir accès aux lieux privatifs de liberté. Chaque détenu, et quel que soit le régime dont il relève, doit être libre de pratiquer sa religion en participant aux services religieux, en se confiant aux représentants religieux. Les représentants autorisés auront un accès libre à tous les quartiers et à toutes les cellules.  L’exercice du droit de pratiquer sa religion est individuel et collectif. »

[109] « L’éducation à l’Europe cherche également à encourager une meilleure compréhension et appréciation mutuelle entre les différents pays européens afin d’éviter les préjugés, l’intolérance, le racisme… Et cela passe par le dialogue entre les diverses cultures et religions qui font partie de l’Europe » (Art. 13).

[111] Cf. la création d’un Institut européen en sciences des religions (IESR) en juin 2003 pour analyser le fait religieux.

[112] La révolution française a combattu la religion catholique, liée à l’Ancien Régime et l’athéisme (supposé dangereux pour la cohésion du peuple) : d’où l’établissement d’un culte de l’Etre Suprême.

[116] Installé au sein du ministère de l’Intérieur, le Bureau des cultes, héritier de la loi de 1905, gère au quotidien les affaires religieuses de la France et les relations de l’Etat avec les grandes confessions religieuses. Régime concordataire oblige, une antenne s’occupe à Strasbourg, de l’Alsace-Moselle. Le Bureau des cultes délivre des conseils juridiques dans l’application du droit des cultes, sa jurisprudence et des lois qui régissent la laïcité française : installation d’antennes pour les réseaux de téléphones portables sur les clochers, droit de regard sur la nomination des évêques catholiques (cf. accords diplomatiques de 1923-1924 entre le Vatican et la France), gestion du traitement de la carrière d’environ 1500 ministres du culte (catholique, réformés, luthériens et israélites), legs ou donation à une association cultuelle, reconnaissance du statut de congrégation religieuse (ex. Armée du salut, communautés bouddhistes), création et désaffection des lieux de culte, réglementation des cloches (préfet). Présence d’un « monsieur Islam », chargé de mission. Cf. Le Monde des religions n°6 (juillet-août 2004) 16-17.

[117] Cf. Rapport N°1687 du 10 juin 1999 présenté par la Commission d’enquête (président : M. Jacques GUYARD), La commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, ainsi que sur leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers.

[118] Le thème du Nouvel Age est caractérisé par la conviction que l’humanité est sur le point d’entrer, à l’aube de l’ère astrologique du Verseau, dans un âge nouveau de prise de conscience spirituelle et planétaire, d’harmonie et de lumière, marqué par des mutations psychiques profondes. On peut y voir une forme de millénarisme pour l’an 2000.

[119] Cf. En juillet 2004 la profanation de la nécropole nationale d’Haguenau : « La nécropole nationale d'Haguenau où sont inhumés plusieurs centaines de militaires morts durant les deux guerres mondiales a été la cible d'une action de vandalisme intolérable. Les premières constatations opérées sur place font apparaître que ces dégradations visent exclusivement des tombes de militaires de confession musulmane : 7 stèles ont été brisées et 48 autres ont été recouvertes de tags . Dominique de Villepin, Ministre de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des libertés locales, immédiatement informé de cette nouvelle profanation  de sépultures musulmanes dans le Bas-Rhin, exprime son indignation à l'égard de cette nouvelle manifestation de haine, particulièrement insupportable s'agissant de soldats qui se sont engagés jusqu'au sacrifice suprême pour la liberté de la France.Il assure la communauté musulmane et les responsables d'associations d'anciens combattants de son émotion et de sa sympathie.Dans un contexte marqué, depuis quelques mois, par la multiplication d'actes visant des religions déterminées, le Ministre de l'Intérieur rappelle que la haine raciale ou anti religieuse déshonore ceux qui l'expriment. D'ores et déjà, tous les moyens nécessaires sont mobilisés, à l'initiative du préfet de région qui se rend sur les lieux, pour identifier et poursuivre les auteurs de cet acte d'une particulière gravité. »

[120] Cf. spécificité du droit local d’Alsace-Moselle : associations de loi 1905. « L’exercice des cultes en Alsace-Moselle est organisé selon le régime concordataire. Les trois confessions reconnues (les cultes catholique, protestant et israélite) constituent un service public confié à des établissements publics et bénéficient de la part de l’Etat, en contrepartie d’un contrôle de l’administration, d’importantes sollicitudes, comme la rémunération des ministres du culte, la garantie d’un enseignement religieux dans les écoles publiques ou l’octroi d’avantages financiers et fiscaux.Les cultes non reconnus sont en revanche organisés sous la forme d’associations régies par un droit local qui diffère sensiblement du régime de la loi de 1901. La procédure locale d’inscription est plus lourde que la déclaration prévue dans le reste de la France, l’autorité administrative ayant le pouvoir de faire opposition à l’inscription pour des nécessités d’ordre public. En contrepartie, les associations inscrites en Alsace-Moselle bénéficient d’une capacité juridique plus étendue que celle des associations déclarées en application de la loi de 1901 : elles peuvent recevoir des dons et legs, et acquérir des immeubles autres que ceux qui sont strictement nécessaires à leurs buts statutaires.Bien qu’ils se situent hors du champ d’application du principe de la séparation des églises et de l’Etat, les établissements publics du culte reconnu et les associations ayant pour objet l’exercice d’un culte dans les trois départements d’Alsace-Moselle bénéficient, par des dispositions législatives spécifiques ou par décision jurisprudentielle, d’avantages similaires à ceux dévolus aux associations cultuelles régies par la loi de 1905. »

[121] C’est ainsi, par exemple, que lors d’élections européennes et législatives, le Parti de la loi naturelle a disposé du même temps de parole que les partis issus du mouvement écologique.

[122] L’entrée des sectes dans l’éducation se fait selon trois voies principales : le recrutement d’enseignants, la commercialisation de méthodes éducatives, la prise de contrôle d’établissements. […] Trois mouvements sectaires importants, l’Anthroposophie, la Scientologie et le Mouvement raëlien, se sont attachés à créer ou à prendre le contrôle d’établissements d’enseignement privés hors contrat, du primaire et du secondaire.

[123] L’intervention des sectes dans le domaine de la santé s’opère ainsi par deux voies distinctes mais qui, naturellement, peuvent être combinées : la voie directe est l’entrée dans une secte guérisseuse pour y bénéficier de ses « traitements » ; la voie indirecte est celle de l’intermédiation médicale qui conduit le patient vers des pratiques sectaires, de degrés très divers : du simple achat de substances consommées à titre individuel, au suivi, sur le conseil du médecin, de stages de bien-être et de remise en forme. Cf. l’Antroposophie (AMAF) qui exploite plusieurs centres de jeunes handicapés et les laboratoires Weleda.

[124] Daniel Sibony, Les Trois monothéismes. Juifs, Chrétiens, Musulmans entre leurs sources et leurs destions, Seuil, Paris 1992, 317-320.


Date de création : 01/01/2007 - 21:07
Dernière modification : 01/01/2007 - 21:10
Catégorie : Fait religieux
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