Devant la faim des hommes la responsabilité ne se mesure qu’« objectivement ». Elle est irrécusable.   E. Levinas, Totalité et Infini

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elevlogo.gifLévinas de A à Z - Visage

La notion de visage est un thème fréquent chez Lévinas. L'accès au visage est éthique.

C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire, que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet. La meilleure manière de rencontrer autrui, c’est de ne pas même remarquer la couleur de ses yeux ! Quand on observe la couleur des yeux, on n’est pas en relation sociale avec autrui. La relation avec le visage peut certes être dominé par la perception, mais ce qui est spécifiquement visage, c’est ce qui ne s’y réduit pas. [...] Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps, le visage est ce qui nous interdit de tuer. 

Dans la philosophie de Lévinas, la notion de visage unit le Même et l’Autre en présence du tiers. Dans notre propos, elle sert le passage de la vie de l’auteur à son œuvre. Elle favorise l’appropriation de l’humanisme proclamé par la tradition judéo-chrétienne et élabore un espace social et politique sur la base d’une interpellation économique. Premier discours, le visage fait entrer le sujet dans l’aventure éthique de la responsabilité. Nudité extrême, son caractère paradoxal favorise une conscience nouvelle des frontières de la responsabilité pour l’autre homme.

L’épiphanie du visage inaugure la culture de la responsabilité et suscite un engagement social, politique et économique[1].« Faut-il, pour un dérangement absolu, que dans le Même fasse irruption une altérité absolue, celle d’Autrui ? »[2]. La question, déjà posée en son temps par Emmanuel Lévinas dans son livre En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger (1949) garde toute sa valeur au moment d’esquisser l’épiphanie du visage dans la pensée de l’auteur. D’une part, Lévinas reconnaît que l’éveil de la conscience répond à des événements traumatiques[3]. D’autre part, il justifie le renversement ontologique du Même par l’irruption d’une altérité absolue[4]. Ce disant, Lévinas n’institue pas un ordre nouveau mais une manière d’être qui en soi se caractérise par une inquiétude qui n’a-de-cesse –déstabilisation qui n’en finit pas de déstabiliser[5].

Le visage est premier discours

Le visage parle[6]. Son épiphanie est langage[7]. En présence du visage, le sujet est mis en question par l’Infini de l’immanence de celui qui se donne à voir. Dans sa liberté d’être-au-monde, le sujet se découvre injuste, usurpateur d’une terre et meurtrier. Ebranlé par cette mise en présence de l’Infini, le sujet est visité par autrui. La Révélation n’a rien d’une apparition divine ; elle est la visitation de l’humilité dans toute sa Hauteur. L’Infini, c’est l’Autre sans masque ; c’est le visage dans sa nudité et sa misère. La seule présence de l’Autre suffit pour signifier au sujet la sommation de répondre : « me voici »[8]. A la mesure du terrestre et de celui qui l’accueille, le visage instaure la liberté dans le sens de la bonté et de la fraternité. Le visage engendre pour la responsabilité[9]. Etre Moi signifie « ne pas pouvoir se dérober à la responsabilité »[10].

Le visage où autrui se tourne vers moi, ne se résorbe pas dans la représentation du visage. Entendre sa misère qui crie justice ne consiste pas à se représenter une image, mais à se poser comme responsable, à la fois comme plus et comme moins que l’être qui se présente dans le visage. Moins, car le visage me rappelle à mes obligations et me juge. L’être qui se présente en lui vient d’une dimension de hauteur, dimension de la transcendance où il peut se présenter comme étranger, sans s’opposer à moi, comme obstacle ou ennemi. Plus, car ma position de moi consiste à pouvoir répondre à cette misère essentielle d’autrui, à me trouver des ressources. Autrui qui me domine dans sa transcendance est aussi l’étranger, la veuve et l’orphelin envers qui je suis obligé[11].

 

Dans la nudité du visage, l’humilité s’unit à la hauteur

Penser le visage c’est penser le paradoxe et accepter de vivre en situation limite. Absence et proximité[12], face à face et invisibilité[13], droiture et énigme[14], sont autant de dialogues que l’épiphanie du visage fait naître dans la vie du sujet. Voir le visage c’est être touché par son épiphanie avant même d’avoir pu le caresser du regard ou de la main. Dans le visage, la nudité de l’Autre s’exprime. Cette nudité est « droiture qui me vise », mise en question de la liberté. Elle « est ordonnée à partir de l’absence où s’approche l’Infini »[15] et détrône la conscience de « sa première place ». Le visage n’est pas forme plastique[16]. Il est nuque, cou, épaule, forme humaine au-delà de la couleur des yeux et des cheveux. Il fait que le prisonnier des camps comme le SS ont un visage. Dans le face à face, chaque visage signifie la responsabilité pour l’autre[17]. La « vision » du visage dans sa nudité assujettit tout rapport humain à la vie économique. Le visage est commandement qui somme le sujet responsable d’approcher autrui avec les mains pleines[18].L’épiphanie d’autrui place le sujet d’emblée dans une relation de socialité. Par sa nudité, autrui fonde « l’absolument autre » et soumet la conscience à un face à face de proximité où la Hauteur de l’Autre s’impose autant que sa misère. La nudité du visage menace parce qu’elle oblige le sujet à sortir de l’anonymat du regard et du primat du verbalisme pour se situer avec franchise en présence de l’autre. Supporter le regard du pauvre, c’est accepter de se tenir sous sa dépendance et répondre de sa nudité. Prendre la parole sur sa nudité, c’est permettre que « ce qui se passe ici ‘entre nous’ regarde tout le monde »[19].

La présence du visage signifie ainsi un ordre irrécusable –un commandement– qui arrête la disponibilité de la conscience. La conscience est mise en question par le visage. La mise en question ne revient pas à prendre conscience de cette mise en question. L’absolument autre ne se reflète pas dans la conscience. Il y résiste au point que même sa résistance ne se convertit pas en contenu de conscience. La visitation consiste à bouleverser l’égoïsme même du Moi, le visage désarçonne l’intentionnalité qui le vise[20].

 

Le visage introduit le sujet dans la culture de la responsabilité

Entrer dans la culture de la responsabilité avec Emmanuel Lévinas c’est pouvoir rendre compte en conscience de la valeur de son action au lieu où le corps s’expérimente en survivance[21]. Parler d’une éthique de la responsabilité conduit le sujet à prendre en compte ses propres convictions et à s’interroger sur le prix que celui-ci fait payer à d’aucuns sous couvert de nobles élans. Développer une culture de la responsabilité c’est rendre compte du sens de l’histoire et des modes d’action qui nient l’existence d’autrui en tant que personne. Sans se résigner à l’inexorable ni se soustraire à l’exigence de la réalité, le sujet responsable est celui qui permet, sur la base de sa propre autonomie, l’agir fraternel de générations futures[22].Le sujet entre dans la culture de la responsabilité à partir de l’épiphanie du visage d’autrui. En tant que sujet responsable, il se reçoit comme corps humain et est l’otage d’autrui : homme pour un autre homme[23]. Cette condition ou in-condition qui fait de l’Un l’esclave de l’Autre se réalise au sens où le sujet responsable accueille autrui dans sa pauvreté comme son maître qui le commande[24]. Mais parce que n’importe quel homme peut être visé par le regard de son prochain, ce qui est perçu peut à tout moment laisser percevoir le langage de la révélation de l’Autre.La vérité de la rencontre avec autrui est contenue dans la droiture du face à face. Ce face à face est situation ultime. Dans le face à face, la conscience mise en question découvre une liberté usurpatrice et meurtrière dans son exercice même. L’éveil à l’autre homme est exposition et non-indifférence. Elle est antérieure à toute délibération ou re-présentation, qui serait une réduction du visage. L’accueil fait au visage se manifeste dans la justice rendue à autrui. Etranger, il devient l’hôte privilégié. Affamé, il est celui dont la faim préoccupe plus que toute autre chose. Nu, il est l’acteur qui fait participer le spectateur à son propre dénuement. Parce que la justice est économique, rendre juste sa liberté c’est être responsable d’autrui de façon irrécusable.La culture de la responsabilité ne consiste pas en une croisade affective pour libérer l’humain de la culture de la mort. Elle correspond à un agir humain unique et orienté absolument en direction de l’autre. La mort de l’autre homme concerne le sujet responsable au sens où la vie de l’autre est « mon affaire ». Si autrui est donné-pour-mort au moi, c’est parce que celui-ci s’est soustrait –avant même de se trouver en-face du visage– à l’exigence morale d’une miséricorde sans concupiscence. S’éveiller à la responsabilité pour l’autre c’est entendre le commandement : « Tu ne tueras pas » comme une accusation qui réclame une réponse : « Me voici pour t’aimer ». Dès lors, l’histoire de l’humanité devient le récit de la sublimation et de la profanation de l’amour du prochain[25]. Cet amour s’expérimente dans la proximité « du moi pour un autre » et se vérifie « à travers toutes les modalités du donner, la susception du don ultime de mourir pour autrui ». La culture de la responsabilité est rapport à la transcendance. Elle est « percée de l’humain dans la barbarie de l’être », promesse d’une vérité –droiture– dans la relation et non pas « froide exigence » ou indifférence complice.

Signifiance du visage : éveil à l’autre homme dans son identité indiscernable pour le savoir, approche du premier venu dans sa proximité du prochain, commerce avec lui irréductible à l’expérience. Avant toute expression particulière d’autrui –et sous toute expression qui, déjà donnée à soi, protège– nudité et dénuement de l’expression comme telle. Exposition, à bout portant, extradition d’investi et de traqué –traqué avant toute traque et toute battue. Visage comme la mortalité de l’autre homme[26].

 

 Lecture pour poursuivre la recherche :



[1] La conclusion du présent chapitre est organisée autour de la notion du visage. Les trois moments proposés annoncent les trois chapitres à venir. L’intérêt du parcours biographique de l’auteur s’arrête avec l’année 1968. Le parcours bibliographique, qui lui fait suite, insiste sur la responsabilité du sujet : sortir de l’identique pour accueillir un Autre absolument autre. Après avoir pu entrer dans la vie et l’œuvre de l’auteur, un détour dans les « marges » de l’éthique de la responsabilité s’impose. La transcendance, le corps, et l’institution constituent, par substitutions successives, la trame du nouvel espace social. Etre responsable, c’est préserver le mystère d’autrui en se soumettant à l’exigence économique imposée par le discours sur les hauteurs.
[2] EDE 206.
[3] Cf. EI 11.
[4] « Dans le rapport éthique, autrui se présente à la fois comme absolument autre, mais cette altérité radicale par rapport à moi ne détruit pas, ne nie pas ma liberté comme le pensent les philosophes. La relation éthique est antérieure à l’opposition de libertés, à la guerre qui, d’après Hegel, inaugure l’histoire. Le visage de mon prochain a une altérité qui n’est pas allergique, elle ouvre l’au-delà. Le Dieu du ciel est accessible sans rien perdre de sa transcendance, mais sans nier la liberté du croyant » : DL 33-34.
[5] L’éthique développée par Lévinas est intimement liée à la perception que ce dernier a de sa vie intérieure. Le désir de proximité et la sensibilité à la vie d’autrui sont continuellement transcendés par l’émotion spirituelle. Pour Lévinas, judaïsme rime avec humanisme et antisémitisme avec haine de l’autre homme. Ce faisant, l’auteur ne se construit pas une cité céleste dans les airs pour mieux se réfugier dans une forteresse intérieure. Il reconnaît que le psychisme de l’un-pour-l’autre peut être considéré comme un « grain de folie » (cf. AE 111, note 1) de l’âme. Toutefois, cette folie ne doit pas son autorité à une démence personnelle, voire à des troubles de la personnalité, mais à une abnégation de soi pleinement responsable de l’autre. « L’éthique, c’est lorsque non seulement je ne thématise pas autrui ; c’est lorsque autrui m’obsède ou me met en question. Mettre en question, ce n’est pas attendre que je réponde ; il ne s’agit pas de faire réponse, mais de se trouver responsable » : DI 156.
[6] « Autrui qui se manifeste dans le visage, perce, en quelque façon sa propre essence plastique, comme un être qui ouvrirait la fenêtre où sa figure pourtant se dessinait déjà. Sa présence consiste à se dévêtir de la forme qui cependant déjà le manifestait. Sa manifestation est un surplus sur la paralysie inévitable de la manifestation. C’est cela que nous décrivons par la formule : le visage parle. La manifestation du visage est le premier discours. Parler c’est, avant toutes choses, cette façon de venir de derrière son apparence, de derrière sa forme, une ouverture dans l’ouverture » : HH 51 ; voir également EDE 194.
[7] « Visage, déjà langage avant les mots, langage originel du visage humain dépouillé de la contenance qu’il se donne –ou qu’il supporte– sous les noms propres, les titres et les genres du monde. Langage originel, déjà demande, déjà, comme telle précisément, misère, pour l’en soi de l’être, déjà mendicité, mais déjà aussi impératif qui du mortel, qui du prochain, me fait répondre, malgré ma propre mort, message de la difficile sainteté, du sacrifice ; origine de la valeur du bien, idée de l’ordre humain dans l’ordre donné à l’humain. Langage de l’inaudible, langage de l’inouï, langage du non-dit. Ecriture ! » : Préface à l’édition allemande, TI II-III.
[8] « L’autre, le libre est aussi l’étranger. La nudité de son visage se prolonge dans la nudité du corps qui a froid et qui a honte de sa nudité. […] Ce regard qui supplie et exige –qui ne peut supplier que parce qu’il exige– privé de tout parce qu’ayant droit à tout et qu’on reconnaît en donnant (tout comme on « met les choses en question en donnant ») –ce regard est précisément l’épiphanie du visage comme visage. La nudité du visage est dénuement. Reconnaître autrui, c’est reconnaître une faim. Reconnaître Autrui –c’est donner. Mais c’est donner au maître, au Seigneur, à celui que l’on aborde comme ‘vous’ dans une dimension de hauteur » : TI 73. Cf. EDE 194-195.
[9] TI 194.
[10] EDE 196.
[11] TI 237.
[12] « La relation qui va du visage à l’Absent, est en dehors de toute révélation et de toute dissimulation, une troisième voie exclue par ces contradictoires [...]. Le visage est précisément l’unique ouverture où la signifiance du Transcendant n’annule pas la transcendance pour la faire entrer dans un ordre immanent, mais où, au contraire, la transcendance se maintient comme transcendance toujours révolue du transcendant » : EDE 198.
[13] « Le visage de l’homme — c’est ce par quoi l’invisible en lui est visible et en commerce avec nous » : DL 187-188.
[14] Le visage permet de penser la présence lointaine de l’autre. La présence du visage vient des hauteurs. Elle enseigne tout en permettant l’alternative de la vérité et du mensonge. Cf. TI 62.
[15] EDE 230.
[16] « Si la figure privilégiée du monde grec peut être isolée dans la divine harmonie de la statue, le trait spécifique du judaïsme est sans doute donné par le refus de toute plasticité, la visibilité, la divinité polythéiste et la beauté païenne qu’évoque la statue [...]. L’atmosphère propre de l’œuvre de Lévinas se laisse aisément reconnaître dans cette méfiance pour l’image, qui est parallèle à une autre conception bien juive, à savoir celle du privilège de la parole » : F. Ciaramelli, De l’évasion à l’exode. Subjectivité et existence chez le jeune Lévinas : Revue Philosophique de Louvain 80 (1982) 568, note 23.
[17] Cf. EN 243-244. Chaque partie du corps reflète un état d'âme. La main tendue qui réclame un morceau de pain exprime une prière, un cri, un sanglot. Celle qui se tend pour répondre à ce cri ou qui brave les interdits sociaux (préjugés, idéologies) dissimule une bonté secrète. Cf. V. Grossman, Vie et Destin, Paris 1983, 644 et 759.
[18] « Aucune relation humaine ou interhumaine ne saurait se jouer en dehors de l’économie, aucun visage ne saurait être abordé les mains vides et la maison fermée : le recueillement dans une maison ouverte à Autrui –l’hospitalité– est le fait concret et initial du recueillement humain et de la séparation, il coïncide avec le Désir d’Autrui absolument transcendant » : TI 187.
[19] TI 234.
[20] EDE 195.
[21] Plusieurs questions restent sans réponse dans l’itinéraire d’Emmanuel Lévinas et obligent le lecteur a un accueil critique de certaines affirmations de l’auteur. Quelle sens peut avoir le « travail physique au quotidien en forêt –sous la surveillance de gardiens sans brutalité–» (ELP 95) et l’alimentation des fours crématoires par le bois coupé ? Un chien peut-il venir arracher les hommes à leurs jeux de société et aux « émotions artistiques du Kriegspiel » (DL 199) quand les humains eux-mêmes ne se prêtent plus attention ? Peut-on se permettre de tuer le temps en captivité à travers la lecture quand l’objection de cette action engage moins radicalement le sujet que celle de la conscience ?
[22] Cf. R. Spaemann, Notions fondamentales de morale, Paris 1999.
[23] « Cette manière d’être pour l’autre, c’est-à-dire, d’être responsable pour l’autre, c’est quelque chose de terrible car cela signifie que si l’autre fait quelque chose, c’est moi qui suis responsable. L’otage est celui que l’on trouve responsable de ce qu’il n’a pas fait. Celui qui est responsable de la faute d’autrui. Je suis en principe responsable, et avant la justice qui distribue, avant les mesures de la justice. C’est concret vous savez ! Ce n’est pas inventé ! Quand vous avez rencontré un être humain, vous ne pouvez pas le laisser tomber. La plupart du temps, on laisse tomber, on dit, j’ai tout fait ! Or on n’a rien fait ! C’est ce sentiment , cette conscience qu’on n’a rien fait qui nous donne le statut d’otage avec la responsabilité de celui qui n’est pas coupable, qui est innocent. L’innocent, quel paradoxe ! C’est celui qui ne nuit pas. C’est celui qui paye pour un autre » : AT 115-116.
[24] « Ce n’est pas parce que les hommes, de par leur corps, ont une expérience de la verticale que l’humain se place sous le signe de la hauteur » : HH 58.
[25] « Toute la vie d’une nation, par-delà la formelle addition d’individus se posant pour soi, c’est-à-dire habitant et luttant pour leur terre, pour leur lieu, pour leur Da-sein, dissimule ou révèle –ou, du moins, laisse entrevoir– des hommes qui, avant tout emprunt, ont des dettes, se doivent au prochain, sont responsables –élus et uniques– et dans cette responsabilité veulent la paix, la justice, la raison. Utopie ! Cette manière de comprendre le sens de l’humain –le dés-inter-essement même de leur être– ne commence pas par penser au souci que les hommes prennent des lieux où ils se tiennent à être-pour-être. Je pense avant tout au pour-l’autre en eux où l’humain interrompt, dans l’aventure d’une sainteté possible, la pure obstination à être et ses guerres. Je ne peux oublier la pensée de Pascal : « Ma place au soleil. Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre » : EN 243.
[26] EN 192-193. Les citations du paragraphe qui précède sont tirées des mêmes pages.


Date de création : 11/11/2005 - 18:32
Dernière modification : 28/07/2006 - 18:07
Catégorie : Lévinas de A à Z
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