Se rapporter à l’absolu en athée, c’est accueillir l’absolu épuré de la violence du sacré.   E. Levinas, Totalité et Infini

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elevlogo.gifLévinas de A à Z - Féminin

Dans la philosophie d’Emmanuel Lévinas, la notion du féminin est liée aux événements biographiques de l’auteur[1] et à sa position au sein du judaïsme[2]. Au même titre que l’épiphanie de la mère signifie à l’enfant (Emmanuel ?) la fin de l’absurde bruissement de l’il y a, la femme –qui accueille son époux au retour de la guerre dans sa demeure[3]– manifeste la bonté de celle qui existe pour autrui. La femme répond à une solitude intérieure de l’homme en lui offrant un lieu de douceur dans l’espace[4]. Pourtant, après avoir posé la collectivité du «moi-toi» comme un «face-à-face sans intermédiaire», Lévinas semble craindre le pathétique de l’éros[5].

L’épiphanie du féminin est le premier visage de l’Autre et cependant il constitue une équivoque. Au cœur du pathos de la rencontre, la femme –à l’instar de l’Autre– se retire dans son mystère et apparaît «réfractaire à la société, membre d’une société à deux, d’une société intime, d’une société sans langage»[6]. Craignant la volupté qui isole les amoureux, il a d’autant moins de peine à exalter la maternité[7] de celles qui par leur «présence secrète, à la limite de l’évanescence» –mères, épouses et filles–, dessinent «la dimension de l’intériorité» et rendent «habitable le monde»[8].

Préoccupé par une approche affective d’autrui qui exclut la fusion autant que le rejet, Lévinas découvre dans le visage féminin une dimension de hauteur. Au plus intime de la rencontre affective, il reconnaît que la femme «accueille son partenaire masculin toujours de face» et complète l’homme non «pas comme une partie complète une autre dans un tout, mais, si l’on peut dire, comme deux totalités se complètent, ce qui est après tout la merveille des relations sociales»[9]. L’altérité du masculin et du féminin s’accomplit dans la sexualité à travers l’événement du langage comme une caresse du corps de l’autre.

Pour échapper aux pièges de «l’Eternel féminin», il rappelle que la dimension de l’intime ouverte par la femme n’ouvre pas le sujet ipso facto à la transcendance. Il ne manque pas de rappeler que pour le judaïsme, «le féminin se révèle comme la source de toute déchéance»[10] et que «la figure où s’amasse pour le juif toute la tendresse de la terre, la main qui caresse ses enfants et les berce - ne sont plus féminines. Ni une femme, ni une sœur, ni une mère ne le guident. Mais Elie qui n’a pas eu de mort, le plus dur des prophètes, précurseur du Messie»[11].

Revenons à la préoccupation qui nous a conduits de l’altérité de la mort à l’altérité du féminin [...]. Comment le moi peut-il rester moi dans un toi, sans être cependant le moi que je suis dans mon présent, c’est-à-dire un moi qui revient fatalement à soi ? Comment le moi peut-il devenir autre à soi ? Cela ne se peut que d’une seule manière : par la paternité[12].

Pour poursuivre la réflexion sur la thématique:

  1. Simone Plourde,
    • Emmanuel Lévinas. Altérité et responsabilité, Paris, Cerf, 1996, 89-102
    • Avoir-l'autre-dans-sa-peau. Lecture d'Emmanuel Lévinas, Les presses de l'Université Laval, 2003
  2. Catherine Chalier, Lectures du Féminin. Lecture d'Emmanuel Lévinas, Paris, Cerf, 1982
  3. Paulette kayser, Emmanuel Lévinas : la trace du féminin, Paris, PUF, 2000
  4. Claude Lévesque, Par-delà le masculin et le féminin, Paris, Aubier, 2002

  
   





[1] Au sortir des camps, Emmanuel Lévinas est vivant. Aucune parole, aucun silence, ne parviennent véritablement à lui faire oublier la tumeur cancéreuse de la guerre qui s’est implantée dans sa mémoire. Ce n’est certes pas un bien que d’autres soient morts, mais c’est un bien qu’il puisse mettre sa liberté de survivant au service d’une «responsabilité pour la liberté des autres» (HH 87). Ce bien le place dans une situation de non-retour, donc également dans une responsabilité irréversible. Un bien qu’il découvre de manière nouvelle dans les valeurs familiales et dans le recueillement d’un chez soi.

[2] «Français de religion israélite» (cf. CH 554), Lévinas est tributaire de la langue de son pays d’adoption et de son attachement à vivre un judaïsme en diaspora (cf. ELL 338-346). Face aux événements de mai 1968, il essaie de percevoir dans les revendications des étudiants la préoccupation pour autrui. Sa formation lui permet-elle de voir dans l’émancipation du monde féminin d’alors autre chose qu’un simple libertinage sexuel ? Ses connaissances bibliques et certains détours par la langue hébraïque augmentent la difficulté de compréhension de la notion de féminin dans la pensée de l’auteur. Il parle de l’être humain en tant que féminin et masculin, et du féminin en tant que femme placée aux côtés de l’homme comme aide et soutien.

[3] Sans braver le ridicule en affirmant que «toute maison suppose en fait une femme», Lévinas soutient que le recueillement dans la demeure s’effectue à travers l’intimité avec quelqu’un, avec la femme (cf. TI 169 et 164). En famille, la répartition des tâches s’accomplit sur le modèle traditionnel où ce sont les «allées et venues silencieuses de l’être féminin» qui répondent à l’attente de l’autre et à son hospitalité (cf. TI 166-167). Cette pensée évoluera au long des années. Après avoir cru, comme il le dit lui-même lors d'un entretien «que l'altérité commence dans le féminin» (EN 123), il en viendra à reconnaître dans la proximité de tout visage la pluralité humaine du tiers. Dans l'approche du visage le pour-l'autre se lève dans le moi et sollicite une responsabilité pour l'unique. L'urgence éthique réside dans la responsabilité pour l'unique au monde –l'aimé–, celui qui est radicalement étranger et pour qui le sujet existe-à-mourir (cf. E. Lévinas, Philosophie, justice et amour. Entretien avec Emmanuel Lévinas, Esprit n. 8/9 (1983) 16 ; EN 172-176).

[4] «Elle rend le blé, pain et le lin, vêtement [...]. Le lien conjugal est donc à la fois lien social et un moment de la prise de conscience de soi, la façon dont un être s’identifie et se retrouve [...] sans la femme, l’homme ne connaît ni bien, ni aide, ni joie, ni bénédiction, ni pardon» : DL 55-56.

[5] Cf. TA 89.

[6] TI 297.

[7] «La maternité se subordonne dans l’interprétation rabbinique de l’amour à une destinée humaine qui déborde les ‘joies de la famille’: il faut accomplir Israël, ‘multiplier l’image de Dieu’ inscrite sur le visage des humains. Non pas que l’amour conjugal n’ait aucune importance propre, qu’il se réduise au rang de moyen de procréation ou qu’il préfigure, comme dans une certaine théologie, les accomplissements. Tout au contraire, la finalité de la famille est le sens actuel de la joie de ce présent. Elle n’y est pas préfigurée seulement, elle s’y accomplit déjà» : DL 59.

[8] DL 53. «Lévinas describes the feminine as what is required in order to commune with oneself and to be capable of an ethical act. The feminine as the cardinal point of interiority, as the dwelling, as the silent language, aids the dissipation of the virile and helps find its way toward the unity of a silent interior life. The feminine compels the conquering and virile attitude to stop and to start thinking. It stops the project of being, a project that is deaf and blind to all that does not belong to the strength that persists. She who welcomes in her dwelling helps to find the way of interiority that stops this blind strength» : C. Chalier, Ethics and the Feminine : R. Bernasconi et S. Critchley (éd.), Re-Reading Lévinas, Bloomington 1991, 122.

[9] DL 57-58.

[10] DL 61.

[11] DL 62.

[12] TA 85.


Date de création : 11/11/2005 - 09:57
Dernière modification : 23/08/2006 - 12:51
Catégorie : Lévinas de A à Z
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